Le travail occupe une place centrale dans notre société. Il définit en partie notre identité personnelle et son organisation structure les différentes classes sociales et leurs relations. (…)Le travail est une notion chargée symboliquement sur le plan politique (…) [il] a d’abord été une valeur du mouvement ouvrier, [passant] par la mise en valeur du travailleur et par la dignité que procure le travail. (…)
Contradictions et pistes de réflexion
La première de ces contradictions se situe dans l’accès au travail. En effet, depuis maintenant plusieurs décennies, des millions d’actifs en sont privés : on compte aujourd’hui près de six millions de personnes inscrites à Pôle emploi toutes catégories confondues. À l’inverse ceux qui ont la chance de disposer d’un travail en souffrent de manière de plus en plus intense. Cette contradiction n’est pas neuve certes, mais elle prend une place singulière dans les sociétés depuis les années 1970. Elle pose sans nul doute la question de la répartition des gains de productivité et du partage du travail dans nos sociétés. (…)
La seconde contradiction repose sur le travail comme facteur de production. En effet, la demande et – du fait du statut salarial de l’immense majorité des travailleurs – le salaire demeurent les moteurs des économies dites développées. Cette contradiction est, actuellement, d’autant plus visible que l’Europe, du fait de l’austérité et de la politique d’offre exclusive, s’enfonce dans la stagnation voire la dépression économique. Dans les entreprises, la répartition de la valeur ajoutée en faveur du travail a reculé dans les années 1970. À l’inverse, la part des versements aux actionnaires a nettement progressé (via versement de dividendes, rachats d’actions, etc.). (…)
La troisième contradiction consiste en ceci que l’entreprise (…) promeut la liberté du travail alors que l’organisation de celui-ci n’a jamais été aussi contrainte et intense. Le cas des autoentrepreneurs travaillant pour des plates-formes qui les mettent en relation avec des clients l’illustre parfaitement : ils sont à la fois théoriquement libres d’aménager leur temps de travail comme bon leur semble, de choisir une complémentaire santé et de cotiser par capitalisation pour la retraite en plaçant leur argent librement ; et en même temps ils sont mis en concurrence avec d’autres travailleurs de manière très violente, subissent des contraintes non encadrées par un contrat de travail, mais qui s’apparentent en fait à des contraintes salariales (commission prise par la plate-forme, location du véhicule, essence, forfait mobile, etc. qui sont obligatoires pour travailler). (…) Si le travail est source d’aliénation dans le salariat, mais aussi dans ses formes contemporaines hybrides et anciennes comme le servage, on peut donc se demander quelle voie est réellement envisageable pour émanciper le travail ? (…)
La quatrième contradiction consisterait à constater que le travail ne se résume pas à l’emploi, mais que toutes les activités humaines ne sont pas considérées comme du travail, ou en tout cas qu’elles ne peuvent pas ou ne doivent pas être reconnues comme telles. On peut alors se demander dans quelle mesure les activités humaines peuvent et doivent être reconnues comme du travail. C’est souvent à l’aune de questionnements féministes que cette contradiction est apparue : alors que les femmes ont toujours travaillé, le travail des aides familiales – ces femmes qui travaillaient hors du salariat dans l’exploitation agricole familiale ou dans le commerce du conjoint – a longtemps été ignoré par les statistiques publiques, mais aussi par la société. Certaines activités du quotidien comme le jardinage, le bricolage ou l’entraide familiale sont également à la frontière du travail. Le travail est donc avant tout une affaire de convention politique et sociale où des activités humaines sont reconnues comme du travail et d’autres non. (…)
Fanny Chartier, Alexandre Fleuret, Aymeric Seassau – Revue du projet N°61
Le travail, effectivement, tient une place essentiel dans nos vies. Mais depuis quelques temps, je trouve qu’il est devenu aliénant pour beaucoup. Je pense aux personnes, qui travaillent beaucoup pour une rémunération normale, voir minimale pour certains, parfois beaucoup de risques sont pris pour cela. Les Jt semblent vouloir nous montrer la normalité de cela, pour moi c’est une totale régression, de l’esclavage même…
Voilà CQFD avec cet article … mais combien de salariés ont cette réflexion et surtout dans l’état actuel du nombre de demandeurs d’emplois-chômeurs, et le petits nombres de possibilités d’embauches, y-a-t-il un autre choix ??
Ma réflexion n’est peut-être pas bonne, mais il me semble qu’à force de mettre dans nos têtes qu’il n’y a pas de travail, cela donne une acceptation de ces emplois comme une chance et donc de faire plier l’échine afin de vivre dignement.
Je ne sais pas si le l’adverbe dignement est approprié a la suite de vivre, par contre …
Il reviendra toujours en leitmotiv le fait qu’avec l’industrialisation numérique il y aura de moins en moins de « travail qualifiant-gratifiant » aux profits d’emplois précaires peu rémunérés – Premier point, le second : est que le système économique libérale permet et use des positions financières dominantes pour engranger le maximum d’argent en comprimant les salaires. C’est donc bien le système économique qu’il faut « rendre » beaucoup plus répartiteur (ce qui peut se faire sans révolution armée), en légiférant afin d’établir l’équité, éviter la fuite dans les paradis fiscaux, les délocalisations (quitte a nationaliser temporairement).