Enregistrée clandestinement, une magistrate révèle les manipulations de la Société générale dans “l’affaire Kerviel”. La justice doit ré-ouvrir l’enquête !
Jérôme Kerviel, le réveil de la force. Alors que ce lundi 20 janvier le tribunal de grande instance de Paris se posait la question de la révision du procès du trader le plus célèbre de France (réponse attendue le 21 mars), un enregistrement, révélé la veille au soir par le payant Mediapart et le gratuit 20 minutes, venait mettre un énorme coup de santiag dans ce que beaucoup ont eu tort d’appeler “l’affaire Kerviel”.
Dans cet enregistrement, donc, Chantal de Leiris, magistrate (enregistrée à son insu par Nathalie Le Roy ancienne commandante de police à la brigade financière, détachée de ses fonctions en mars 2015 pour avoir fait part de ses “doutes” sur les accusations portées contre Kerviel), déclare ceci : “Quand vous en parlez, tous les gens qui sont un peu dans la finance, ils rigolent, sachant très bien que la Société générale savait (…). La Société générale savait, savait, c’est évident, évident.”
Nathalie Le Roy avait déjà expliqué à un juge d’instruction les problèmes qu’elle avait rencontrés lors de son enquête sur Kerviel et la Société générale, menée entre 2008 et 2012. Sa propre hiérarchie (comme on l’entend sur l’enregistrement de Chantal de Leiris) l’avait alors accusée d’avoir des “trous de mémoire” à la suite d’un “AVC”.
Une confirmation des hypothèses de Kerviel ?
Ces révélations semblent aujourd’hui venir confirmer ce que Jérôme Kerviel avait commencé à évoquer dans un long entretien publié par Les Inrockuptibles en décembre 2013 (la vidéo de l’interview). Entretien qui constituait le point de départ de sa contre-attaque.
A quelques kilomètres de Metz, chez le journaliste et écrivain Denis Robert, auteur de l’interview, l’ancien trader avait calmement énoncé ces incohérences : “Les 4,9 milliards ne sont pas une perte Kerviel, en tout cas. Encore une fois, on demande à la justice d’y aller, elle n’y va pas, c’est compliqué de se défendre si les juges ne souhaitent pas y aller. Il y a des tas de choses pas claires dans ce dossier.”
A Denis Robert, il disait encore ceci : “Il y aura un après, même si aujourd’hui j’ai du mal à me projeter, à me dire dans deux ans je ferai ça, parce que ce n’est pas possible. Je sais qu’il y aura un après et que tout ça sera derrière moi.”
“Mettre un terme à ces dysfonctionnements”
Au regard de ces nouveaux éléments, on ne comprendrait pas que la justice ne décide pas d’y “aller”, justement, et de réexaminer ce dossier Kerviel, truffé de zones d’ombre. Cet “après” dont parle Kerviel n’a donc jamais semblé aussi proche, mais le combat est loin d’être fini.
Dans la foulée des informations publiées par la presse, Jérôme Kerviel a directement adressé un message à François Hollande et Christiane Taubira, leur demandant de “mettre un terme à ces dysfonctionnements”. Il en va aujourd’hui du respect de la justice et de la dignité d’un homme.
Pierre Siankowski – Titre original « Pour Jérôme Kerviel » – Les Inrocks – Source