Nos dirigeants et les candidats aux fonctions présidentielles
sont-ils suffisamment cultivés pour prendre en main le destin de millions de personnes ?
D’ailleurs, doit-on nécessairement être cultivé pour diriger un pays ?
Et si c’est le cas, que signifie « être cultivé » ? Faut-il avoir lu tout Chateaubriand, savoir la liste des empereurs romains, pouvoir réciter des pages entières de Victor Hugo ou connaître par cœur les symphonies de Beethoven et les lieds de Schubert ?
En quoi des connaissances encyclopédiques pourraient aider un dirigeant à être meilleur ?
Logiquement, les œuvres de l’esprit humain devraient inciter un leader politique à davantage d’humanité. Mais pas toujours.
À la recherche de l’honnête homme
La culture devrait au moins aider l’homme politique à prendre les bonnes décisions en lui évitant de reproduire les erreurs de ses illustres prédécesseurs. Mais là aussi, aucune garantie de succès.
Interrogé par Le Point, Alain Duhamel aborde cette question quand il évoque Jordan Bardella : « Ce n’est certes pas un intellectuel. Un bagage universitaire des plus légers […], peu de lectures, peu de culture. » La tentation est grande de pointer chez les jeunes politiques qui montent une baisse du niveau culturel. Les comparer à de Gaulle, Mitterrand ou Clemenceau peut sembler facile, voire cruel, mais qui ne l’a jamais fait en pensant que c’est l’explication aux déceptions que nous inspire la classe politique actuelle, de droite comme de gauche ?
Des lacunes trop grandes dans la connaissance de l’histoire ou des arts handicaperont l’homme politique pour comprendre vers quoi une société démocratique doit tendre. Il ne s’agit pas d’étaler sa science, de sombrer dans le pédantisme et l’intellectualisme de salon, mais d’acquérir une philosophie de la vie qui l’aidera, dans les moments cruciaux, à prendre les décisions qui serviront l’intérêt général.
Qui, dans le paysage politique français et international actuel, possède ces qualités ? On se le demande parfois…
Une personnalité trop jeune n’aura pas l’épaisseur nécessaire pour assurer les fonctions importantes qu’elle convoite. Et un vieux renard de la politique fera passer son pragmatisme et ses ambitions avant sa vaste culture. La maturité intellectuelle ne protège pas de l’idéologie.
Et Trump, là-dedans ?
A-t-il jamais lu un livre, compris un tableau, écouté attentivement une œuvre musicale ? Ce n’est pas tant son mauvais goût pour le clinquant que la banalité de sa représentation du monde qui fait de lui l’homme le plus vulgaire de la planète.
Dans la vie, il y a des forts et il y a des faibles, il y a des baisés et il y a des baiseurs, voilà à quoi se résume la vision de l’humanité qu’il a acquise durant les quatre-vingts ans de son existence. C’est tout.
Une culture néandertalienne qu’on ne peut se contenter de railler avec condescendance, mais qu’il faut au contraire prendre au sérieux, car elle annonce peut-être ce que l’avenir nous réserve.
D’après l’Édito de Riss. Charlie Hebdo 28/01/2025