“Cette planète est un paradis de beauté,
et nous n’en avons pas de rechange”
Le botaniste Francis Hallé, inlassable défenseur des forêts, est mort le 31 décembre à 87 ans. Celui qui voyait les arbres comme des êtres vivants à part entière laisse derrière lui une boussole : regardons plus haut, vers la canopée, pour enfin la respecter.
On le croyait éternel comme un chêne. Probablement parce qu’il parlait des arbres comme on parle du temps long. Parce qu’il arpentait la canopée quand nous marchions les pieds sur terre et la tête ailleurs. Parce qu’il rappelait, inlassablement, que la forêt n’est pas un décor mais un monde, ancien, complexe, irremplaçable. Francis Hallé est mort le 31 décembre 2025. Il laisse derrière lui bien plus qu’une œuvre scientifique : un déplacement du regard.
Botaniste de terrain, spécialiste mondial de l’architecture des arbres et des forêts tropicales, Francis Hallé a passé sa vie à explorer ce que l’humanité avait oublié de regarder. La canopée — ce « toit vivant » de la forêt, concentré de biodiversité, longtemps resté inaccessible — fut son territoire. Avec les expéditions du Radeau des cimes, il a littéralement inventé une manière de pénétrer la forêt par le haut, sans la détruire, révélant un foisonnement d’espèces, de symbioses, de lenteurs et de stratégies évolutives dont nous ignorions presque tout.
« La Beauté du vivant » — titre de son dernier opus, paru en 2024 chez Actes Sud.
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Laure Noualhat pour Reporterre. Source (lecture libre , MAIS…)
Entretien réalisé par Lorraine Rossignol pour Télérama
Qu’il s’agisse de rainettes jaune citron ou rouge écarlate, ou de pieuvres se couvrant d’anneaux bleus pour susciter la terreur de leurs prédateurs, La Beauté du vivant est un hymne à la beauté de la nature. Est-ce aussi un cri d’alerte devant sa disparition
Évidemment. Les atteintes répétées à la biodiversité, année après année — le dernier rapport du WWF en atteste encore de façon dramatique —, m’horrifient, moi qui ai pu, tout au long de ma vie, approcher au plus près la beauté de ces millions d’espèces végétales et animales avec lesquelles l’humain coexiste. En termes d’esthétique, elle atteint une luxuriance extrême, en particulier entre les deux tropiques, la région la plus extraordinaire du globe, mais aussi la plus méprisée parce qu’on n’y fait pas de business — si l’on excepte l’exploitation de ses matières premières.
Au cours de vos missions scientifiques, vous avez réalisé quelque cent mille dessins, dont certains ont été exposés en France et à l’étranger. La beauté du vivant est donc partout ?
Il existe aussi une laideur objective de certaines espèces, mais la beauté plastique du végétal et de l’animal (que ce dernier soit ou non vertébré : mammifères, oiseaux, poissons et batraciens, mais aussi insectes et coquillages) est partout, en effet. Même si elle est moins « spectaculaire » ou exubérante dans nos contrées, elle y est aussi présente. […]
Peut-on parler de crime contre la beauté ?
La destruction des milieux naturels porte un nom : celui d’écocide. Mais quel mot inventer pour la destruction de leur beauté ? Cette planète est un paradis. Cela n’exclut nullement qu’il en existe d’autres — il serait présomptueux de penser qu’il n’y a que sur la Terre qu’une vie a pu se développer —, mais en attendant, ce paradis est le seul que nous ayons : nous n’en avons pas de rechange.
Nous vous invitons à lire l’intégralité de ce long entretien, sur le support original.