Les associations…

… des espaces d’engagement essentiels.

Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, explique la dynamique des associations en France et leur rôle crucial dans la solidarité et la cohésion sociale. Environ 70 000 associations se créent chaque année. Combien se pérennisent ?

  • Comment expliquer une telle vitalité ?

« Tout d’abord parce qu’il est très facile d’en créer une. La loi de 1901 ne pose que deux conditions : être au moins deux et avoir un objet défini. C’est un modèle très souple offrant une immense liberté aux citoyens qui peuvent se rassembler autour d’une cause leur tenant à cœur. Ils peuvent aussi organiser leur action comme ils le souhaitent puisque ce sont les statuts de l’association qui fixent le règlement et le fonctionnement de la structure. Si autant d’associations voient le jour, c’est aussi parce que leurs fondateurs cherchent à porter une cause et à retrouver un pouvoir d’agir. Dans une période de crise démocratique, ces espaces d’engagement deviennent essentiels pour élargir la participation et la représentation des citoyens. »

Les associations compensent-elles certaines lacunes de l’État ?

« Oui, incontestablement. Elles prennent souvent le relais de l’État dans les domaines sanitaire et social, notamment dans les territoires dépourvus de services publics. Beaucoup bénéficient d’ailleurs de délégations de service public : elles agissent notamment dans le domaine de l’hébergement d’urgence, l’accueil des demandeurs d’asile, la protection de l’enfance, les Eh-pad, les crèches, l’aide à domicile, le périscolaire… »

  • Mettre des pansements sur des problèmes mal traités par la puissance publique 

Certaines associations mettent aussi des pansements sur des problèmes qui sont maltraités par la puissance publique. C’est le cas des Restos du cœur. Coluche a lancé un appel à la générosité car l’État n’était pas en mesure de répondre aux besoins alimentaires des plus démunis.

Enfin, d’autres associations vont explorer des champs qui sont laissés en friche. Comme par exemple « Aides » qui est mobilisée dans la lutte contre le sida en France ».

Dans un contexte de fractures sociales, les associations contribuent-elles à retisser du lien ? « Évidemment, car s’engager, c’est déjà sortir de soi-même. On rencontre d’autres bénévoles avec lesquels on n’a pas forcément d’affinités. Mais au nom d’un objectif commun, on apprend à composer. On côtoie aussi les bénéficiaires de l’association. Tout cela crée du lien et du vivre-ensemble ».

Leur rôle est-il encore plus important dans les territoires peu peuplés ?

« Oui. Prenons l’exemple d’une association qui organise le déplacement des personnes âgées sur un territoire rural. Elle va leur permettre de faire des courses, de retrouver des amis pour jouer aux cartes… Bref, de leur offrir une vie sociale. Et dans certains territoires ruraux, les associations qui assurent la distribution alimentaire représentent parfois le dernier rempart contre la pauvreté.

La confiance des Français envers le mouvement associatif augmente-t-elle à mesure que leur méfiance envers les institutions grandit ?

« La confiance dans les associations ne baisse pas. Mais il y a encore du travail pour faire prendre conscience aux Français qu’ils sont tous concernés par l’action associative. Il existe 1,4 million d’associations, 20 millions de bénévoles et 67 millions de bénéficiaires de l’action associative. Autrement dit, chacun de nous a bénéficié de l’action d’une association à un moment de sa vie. S’engager dans l’une d’elles, c’est une façon concrète de participer à la vie collective et d’agir à son échelle ».


Propos recueillis par Delphine Bancaud. Supplément au Dauphiné. 06/11/2025


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