Nous n’avons pas le temps

Nous n’avons pas le temps de creuser nos pensées
Nous n’avons pas le temps de peser nos paroles
Qui trahissent notre destin tortueux

Trop de fruits sont tombés sur notre champ caillouteux

On y glisse
On y tombe

Le surplus nous dévore

Oui, les fleurs sont les mêmes
Et les champs demeurent labourés comme jadis
L’écume du ciel mange l’horizon gris
Et le vert de l’herbe me pénètre jusqu’au cœur
Quand j’oublie qui je suis

Tout est là
Rien ne bouge

Les agneaux paissent dans une blanche prairie
Que le brouillard lèche nuit et jour
Avec sa langue maternelle

Nous n’avons pas le temps d’ouvrir nos paupières
Sur tant de beauté surhumaine
Qui nous fuit

Plus de rire, plus de larmes, plus de chant
Le soleil est trop pâle et mon cœur est trop chaud
Pour la vie


Paul Valet. Recueil « La parole qui me porte ». Ed. Gallimard


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