… vivons parquées
L’opportunisme politique étant ce qu’il est, nous sommes depuis bien longtemps familiarisés avec ce principe de causalité : un fait divers, une loi inepte.
L’omniprésence des réseaux sociaux et l’avènement de l’engagement dématérialisé nous contraignent à devoir désormais supporter son avatar « conscientisé » : un fait divers, une pétition idiote. À la suite de l’agression subie par une jeune femme dans une rame déserte du RER C le 15 octobre dernier – elle a été frappée, étranglée, et n’a échappé à un viol que grâce à l’intervention d’une autre passagère -, une pétition a été lancée sur Change.org, pour demander « des wagons réservés aux femmes et aux enfants dans les trains des zones sensibles », invoquant des expériences similaires au Japon, en Inde, au Mexique ou encore à Dubaï. Au moment où ces lignes sont écrites, plus de 30 000 personnes l’ont déjà signée.
La réalité de ce que peuvent vivre les femmes dans l’espace public en général et dans les transports en commun en particulier, entre regards torves, remarques graveleuses ou injurieuses, mains intrusives et agressions diverses, est indéniable. Il y a belle lurette que, quand elles décident d’aller seules au cinéma, les deux premières questions qu’elles se posent ne sont pas, comme n’importe quel homme dans le même cas, « quel film vais-je voir et dans quelle salle ? », mais « à quelle heure se termine la séance et comment vais-je m’habiller ? ». Et cela n’a rien à voir avec la coquetterie.
Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes, 80 % des Franciliennes déclarent « rester en alerte » dans les transports en commun.
- 81 % ne s’y sentent pas en sécurité passé 22 heures.
- Selon l’Institut Paris Région, 5 % d’entre elles renoncent même à leurs déplacements…
Puritanisme religieux
La solution prônée par cette pétition a tous les atours du « pragmatisme » : on met en place des transports en commun non mixtes, avec des wagons bleus pour les hommes et des wagons roses pour les femmes – et les enfants, parce que ce sont elles qui les gardent… -, le problème est réglé et tout le monde est content, bien au chaud dans sa safe place.
Elle oublie toutefois un paramètre qui a son importance, à plus forte raison dans le type de menace à laquelle elle prétend apporter une réponse : un wagon désert reste un wagon désert, qu’il soit réservé ou pas aux femmes. Rien n’empêchera un agresseur d’y pénétrer.
Surtout, c’est une vision de l’organisation sociale qui n’a rien à envier à celle imposée par tous les intégrismes religieux, où les deux sexes doivent impérativement être séparés dans tous les espaces communs, pour les mettre à l’abri de la « tentation » – les hommes – ou préserver leur « pureté » – les femmes.
Dans l’Afghanistan des talibans, chaque femme a son wagon individuel : ça s’appelle une burqa. Et, aux dernières nouvelles, elles n’en sont pas davantage protégées des violences des hommes…
Réserver des wagons de RER aux femmes, ce n’est pas les mettre en sécurité, c’est les écarter de l’espace commun. Et puis, il faudra bien qu’elles en sortent, de leur wagon. Ou non ?
Les plus de 30 000 personnes qui ont signé cette pétition ont validé une conception de l’espace public particulièrement « toxique », pour utiliser un mot aujourd’hui très en vogue pour qualifier tout et n’importe quoi.
L’espace public doit être sûr pour tout le monde, c’est une évidence. Mais il doit aussi être accessible à tous, et partagé par tous.
Ce sont des comportements qui doivent y être bannis, pas des catégories d’individus.
Les seuls espaces non mixtes acceptables – et nécessaires – sont ceux où l’intimité doit être assurée : toilettes, vestiaires, cabines d’essayage… Tout le reste relève du puritanisme religieux ou de la ségrégation.
Tout à fait d’accord. Mais je propose une autre mesure l’obligation de porter un bracelet d’identification aux personnes condamnées pour agression sexuelle. Bracelet qui empêchera d’utiliser les transports en commun à partir de 20h.
Oui pourquoi pas, mais encore faudrait-il que le délinquant (ou la délinquante pourquoi pas ?) ait déjà été jugé donc qu’il y ait eu une plainte et procédure.
Les plaignantes (ou plaignants) pour une main baladeuse, frottements ou propositions « indécentes », portent rarement plaintes et c’est un tort, dans le même temps force est de constater que ce rendre au commissariat — et lequel — lorsque les « victimes » sont sans « force de l’ordre » dans le Wagon ou sur les quais, n’incite pas à dépôt de plainte.
Ensuite encore faut-il que la plainte dans un commissariat soit effectivement enregistrée et portée à la connaissance d’une autorité judiciaire, qui débordée classe sans suite ces plaintes sauf s’il s’agit de coups et blessure ou viols et encore avec amples témoignages.