Ne pas laisser faire en France…

… Pour ne pas « laisser monter » en France, en Europe des dictatures telles que celles d’Allemagne, d’Italie, d’Espagne, Grèce ou des pays satellites soviétiques.

Les franquistes cherchent à établir
une vision édulcorée et manipulée de l’histoire…

Pour l’historien et professeur à Madrid, Julian Vadillo Muñoz, la guerre d’Espagne n’était pas « inévitable, mais certains secteurs de la société étaient déterminés à en finir avec la démocratie ».

  • La loi d’amnistie de 1977 a-t-elle dès le départ faussé l’enjeu de la bataille mémorielle ?

Julian Vadillo Muñoz. Cette loi a exonéré les crimes du franquisme de toute responsabilité pénale. L’amnistie a été accordée aux prisonniers politiques, mais aussi aux auteurs d’exactions : policiers, tortionnaires, etc. L’objectif était donc de faire table rase, d’enterrer le passé, pour construire un système démocratique qui ne ferait pas ce qui a été réalisé ailleurs, comme en Allemagne avec le procès de Nuremberg, à savoir un processus de dénazification, qui, ici, aurait pris la forme d’une « défrancoïsation ».

Le consensus auquel sont parvenus les partis parlementaires – pas la société espagnole – a été de maintenir cette loi d’amnistie. Avec le temps, les nouvelles générations ont évidemment voulu connaître la vérité. Elles ont rencontré un barrage : à chaque fois qu’elles ont tenté de dénoncer ou de juger un crime contre l’humanité perpétré contre des opposants au franquisme, cette loi les en a empêchées. Elle n’a toujours pas été abrogée, entravant ainsi les lois mémorielles de 2007 et de 2022 et la volonté de juger les crimes commis par la dictature.

  • Les mythes du franquisme ont la vie dure : pourquoi faut-il en finir avec l’idée d’une « guerre entre Espagnols » ?

Le problème de la compréhension du régime franquiste découle des lacunes de notre système éducatif. Il y a des manuels d’éducation et des lois éducatives qui soulignent l’« inéluctabilité » de la guerre. Une erreur totale mais intentionnelle.

La république était un système démocratique multipartite de libertés, avec des problèmes structurels comme dans toutes les démocraties de l’époque. Il a été violé par un coup d’État préparé et perpétré par les groupes militaires, monarchistes et fascistes, avec le soutien et l’assentiment de l’Italie fasciste de Mussolini et, plus tardivement, de l’Allemagne nazie de Hitler.

La guerre a été le prélude à l’établissement d’un régime dictatorial de nature fasciste, à l’instar de ses homologues européens. Le franquisme a été un recul à tous les niveaux pour l’Espagne (politique, social, culturel, économique, etc.).

Si les libertés démocratiques ont été rétablies, c’est grâce au rôle fondamental des partis de gauche, des syndicats, des mouvements étudiants ou encore des organisations féministes. Le désir de liberté et l’aspiration de la société espagnole à sortir de la léthargie sont le résultat d’une conquête collective populaire. Toutes les autres interprétations ne sont que des contes de fées.

  • Comment se positionnent les conservateurs du Parti populaire et l’extrême droite Vox face à cet héritage dictatorial ?

Le Parti populaire (PP) est un parti dont l’origine remonte au franquisme. Il est issu de l’Alliance populaire, elle-même fondée durant la transition par plusieurs ministres franquistes, dont Manuel Fraga. Au fil du temps, ils ont essayé de masquer cet héritage.

Il est vrai que d’autres formations sont apparues par la suite et ont fusionné avec eux. Mais, quoi qu’il en soit, le fait de condamner le franquisme et de soutenir des mesures de mémoire démocratique en Espagne a toujours suscité un malaise au sein du PP.

Pour Vox, c’est autre chose : cette formation est le résultat d’une scission avec la droite, qui compte en son sein des groupes issus du franquisme, certains ouvertement nazis, d’autres ultralibéraux, à la manière de Javier Milei. Une sorte de fourre-tout d’extrême droite que nous pourrions qualifier de parti à la structure et à la pensée fascistes, qui regrette le passé franquiste. Vox ne cache généralement pas ses sympathies pour la dictature. Tout cela caractérise actuellement la droite espagnole au Parlement.

  • Quelle stratégie mènent les franquistes pour bloquer le processus mémoriel ?

Ils recourent constamment à la manipulation et à la tromperie. Ils présentent une histoire qui n’a jamais existé : à travers un révisionnisme et un négationnisme qui vont à l’encontre du travail scientifique des historiens, ils cherchent à établir une vision édulcorée et manipulée de l’histoire de l’Espagne.

Les nouvelles générations, qui n’ont pas conscience de la réalité de ce qu’était la dictature, adhérent de plus en plus à ces discours, faisant ainsi disparaître la base scientifique de l’histoire. Il s’agit là d’un terrain fertile pour l’extrême droite, ce qui est très dangereux.


Propos recueillis par Antoine Portoles. Source


2 réflexions sur “Ne pas laisser faire en France…

  1. bernarddominik 20/11/2025 / 17h18

    La démocratie n’est pas toujours là où on croit.
    Il faut lire l’histoire de Franco de Michel del Castillo, elle rétablit certaines vérités, car il y a des 2 côtés des légendes qui ont la vie dure et de la poussière sous le tapis.

    • Libres jugements 20/11/2025 / 17h34

      Dès qu’on s’approche de l’histoire notamment d’une dictature, la polémique fait rage.
      Sauf erreur, il me semble que la démocratie était absente au « bon vieux » temps de FRANCO…
      Cordialement. Michel

Identifier vos commentaires ; sinon c'est direction poubelle.