Dati, « … le seul pouvoir »…

… « qu’actionne R. Dati, c’est couper les budgets partout ».
Dominique Blanc.

À l’entrée de service de la Comédie-Française, le nom de Dominique Blanc est un sésame. Disponible, chaleureuse, elle a un mot pour chacun, qu’il s’agisse de l’ancien administrateur général Éric Ruf, grâce à qui elle a intégré la troupe, ou de l’agent d’accueil. Sur le miroir de sa loge, elle a affiché un portrait de Michel Piccoli, l’œil rivé à la caméra, et un portrait d’elle avec le plasticien Anselm Kiefer. Difficile de résumer en quelques lignes un parcours commencé en 1981 sur la scène du TNP, à Villeurbanne : un compagnonnage au long cours avec Patrice Chéreau, quatre Molières et quatre Césars dont celui de la meilleure actrice dans Stand-by de Roch Stéphanik en 2001.

Le matin de notre entretien, elle a écrit à Emmanuel Macron pour rendre son insigne d’officier de la Légion d’honneur, remise en 2014 par François Hollande.

  • Pourquoi avoir fait ce geste fort ?

Dominique Blanc. Je voulais le faire depuis la troisième nomination de madame Dati en tant que ministre de la Culture. Elle a de nombreuses affaires judiciaires en cours. Évidemment, il y a présomption d’innocence, mais quand on est un homme ou une femme politique il faut avoir une grande honnêteté, une grande intégrité par rapport au peuple français. Elle aurait dû refuser la deuxième nomination et partir. Elle ne l’a pas fait, donc à la troisième nomination je me suis dit qu’il fallait que je rende cette décoration.

  • Vous avez fait l’essentiel de votre parcours dans le théâtre public, comment réagissez-vous aux attaques populistes menées contre la culture et le théâtre subventionné ?

Le seul pouvoir qu’actionne madame Dati c’est de couper les budgets partout. C’est très grave pour tous les intermittents du spectacle, mais aussi pour les musées, toutes les petites villes qui ont des initiatives culturelles. Le robinet est fermé et on asphyxie la culture. Je vous ai apporté un texte prononcé par Carlo Ossola en 2011 en hommage à Jack Ralite : « Ce qui réunit les deux, le peuple et les arts, c’est le gratuit. Le gratuit des gestes inattendus d’accueil, le gratuit de l’offrande de la création, le gratuit de la participation complice à cet espace où les pouvoirs et les ordres sont suspendus – et nous sommes les mieux placés en ce moment pour l’expérimenter : l’espace du théâtre (au sens grec littéral de « contemplation »), l’espace du geste qui appelle et s’offre à l’autre face à nous. »

  • Vous étiez très proche de Jack Ralite rencontré en 1986-1987, quand vous jouiez dans « le Mariage de Figaro »

L’amitié était si grande que quand mon amoureux m’a demandé de m’épouser, j’ai souhaité que ce soit Jack Ralite qui nous marie. Il m’a dit : « Pour que ce soit possible, il faudrait que vous habitiez à Aubervilliers, ce qui n’est pas le cas, donc vous allez venir habiter chez moi pendant trois mois. » J’ai répondu : « Attention je suis en train de faire ma valise ! » Je ne l’ai pas fait mais il nous a mariés, c’était extraordinaire. C’est un très grand auteur, un grand tribun, il a fait un discours truffé de citations, tout le monde pleurait de joie.

  • Il incarnait une idée du théâtre public, de la décentralisation, qui vous tient à cœur depuis toujours…

J’habitais Lyon et le premier spectacle que j’ai vu au TNP c’est « Massacre à Paris », de Marlowe, mis en scène par Patrice Chéreau. J’ignorais qu’en 1981 j’allais faire mes premiers pas sur le même plateau, dans sa mise en scène de « Peer Gynt ». J’ai eu la chance de rencontrer dès le début des gens exceptionnels qui ont défendu toute leur vie une idée très forte de la politique et de la culture. Quand Patrice Chéreau m’a proposé de jouer « la Douleur » à l’Atelier, dans le privé, j’ai d’abord refusé, puis il m’a convaincue. Mais le théâtre subventionné, c’est toute ma culture.

Qu’est-ce qui vous pousse à monter à Paris à 18 ans ?

Après avoir envisagé la psychiatrie, je me suis inscrite à l’école d’architecture de Lyon. Nous n’étions que 8 à 10 filles sur 100 étudiant·e·s, l’un des professeurs était raciste, misogyne, sectaire. Hormis le cours de dessin, l’enseignement n’avait aucun intérêt. À la fin des deux ans, quelques filles et moi étions tellement en colère que nous avons pris en otage le directeur de l’école. Curieusement, cet homme est à l’origine de ma vocation. Je suis allée à Paris pour poursuivre mes études mais mon dossier d’architecture s’est perdu. Je ne l’ai jamais retrouvé.

Je me suis inscrite à l’école du Louvre pour faire plaisir à mes parents. Puis, sans rien leur dire, je suis allée au cours Charles Dullin puis au cours Florent. Voyant que je n’avais pas d’argent, François Florent m’a dit : « Je t’engage comme femme de ménage. » J’avais les clefs de la maison et je nettoyais les toilettes à la turque, c’est une grande école d’humilité. Il croyait en moi et me disait : « Passe le Conservatoire, tu ne l’auras jamais mais il faut qu’on voie ta gueule. » Effectivement je ne l’ai jamais eu. Et puis, il a créé avec Pierre Romans et Francis Huster la Classe libre, où les cours étaient gratuits, et j’ai été prise.

Est-ce que ce parcours atypique vous a rendue plus libre ?

Plus libre, je le suis aujourd’hui à la veille de mes 70 ans. Mais c’est une liberté chèrement acquise. Il y a eu des rencontres magnifiques, des instants de grâce inouïs. J’espère que j’en aurai encore beaucoup, notamment dans cette maison merveilleuse qu’est la Comédie-Française.

Mais pour la liberté, j’ai toujours bataillé.


Sophie Joubert. Source (Courts extraits)


Une réflexion sur “Dati, « … le seul pouvoir »…

  1. bernarddominik 01/11/2025 / 18h05

    Rachida Dati à la culture c’est le comble de l’inculture. Mais la seule culture de Macron c’est le nom des devises, dollar yen yuan euro livre … Dans ses discours son inculture est patente.

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