Congrès des maires…

Une énième coupe qui indigne les édiles,
réunis à quelques mois des municipales.

Les collectivités ont déjà perdu 82 milliards d’euros cumulés depuis 2010, mais le gouvernement veut alourdir la note dans le projet de loi de finances 2026.

Stop. « On est à l’os », rage Sylvain André, maire communiste de Cendras (Gard), 600 habitants. Ce mardi avec Fabien Roussel, secrétaire national du PCF, Philippe Rio, président de la Coopérative des élus, et d’autres élus communistes, l’édile du Gard distribue un tract pour dire non aux baisses de dotation d’État aux collectivités locales.

Rien d’inhabituel, sauf que, cette fois-ci, les élus PCF tractent auprès… d’autres élus, venus assister au 107e congrès de l’Association des maires de France (AMF) à Paris. « La baisse des budgets contraint nos choix, alors qu’il y a tant à faire pour le vivre ensemble », s’inquiètent-ils.

Un son de cloche partagé par tous les maires de France. Près de 82 milliards d’euros cumulés ont été retirés aux collectivités depuis 2010, dénonce d’ailleurs David Lisnard, président LR de l’AMF. Et une nouvelle purge de 4,7 milliards est prévue par le gouvernement dans le cadre du budget 2026, alors même que les élections municipales auront lieu en mars.

Entre 4,7 et 7,6 milliards de coupes

Alors que faire ? Fabien Roussel, maire de Saint-Amand-les-Eaux (Nord), invite « les communes à rentrer en résistance ». À ses yeux, l’AMF doit inviter tous les conseils municipaux à voter une délibération pour exiger le maintien des crédits aux collectivités. « Il faut mettre la pression maintenant, alors que le budget va être discuté jusqu’à fin décembre », insiste-t-il. Le vice-président de l’AMF, André Laignel (PS) fait une proposition similaire. Lors de son discours d’ouverture du congrès, mardi après-midi, il s’est même prononcé pour des manifestations dans tous les départements.

« La parole de l’État est devenue une pièce de musée », s’indigne celui qui est aussi maire d’Issoudun (Indre), qui calcule que la coupe de 4,7 milliards voulue par l’exécutif est en réalité de 7,6 milliards… À cette insincérité s’ajoute une autre, puisque le numéro 2 de l’AMF rappelle que les dotations aujourd’hui rabotées sont en réalité une compensation faite aux collectivités – censées être à l’euro près – à la suite de la suppression passée de certaines taxes locales. « Je souhaite que l’État respecte avant tout sa parole », et que les coupes soient annulées, martèle-t-il.

La majorité de droite du Sénat, une Chambre censée représenter les territoires, souhaite pour sa part réduire les coupes du gouvernement à 2 milliards. « Il faut dire aussi dire non aux 2 milliards », prévient Sylvain André. D’autant que de l’argent, il y en a, rappelle la Coopérative des élus. « Les entreprises touchent 211 milliards d’euros d’aides, et les collectivités seulement 105 milliards alors que nous assurons des politiques publiques essentielles au quotidien », relève Philippe Rio.

Les petites communes en première ligne

Les petites communes sont sans filet de sécurité. Laurent Bolos, maire sans étiquette de Castelfranc, un peu plus de 400 habitants dans le Lot, note que la préservation des finances de sa commune, ces dernières années, a permis la rénovation thermique de l’école. Mais si baisse il y a en 2026, « cela réduira notre capacité à investir, avec des retombées sur l’écosystème local. On ne fait pas travailler les multinationales ».

« Il y a urgence, nous sommes à la croisée des chemins », alerte Philippe Rio. Pour lui, l’enjeu du congrès de l’AMF n’est rien de moins que sa capacité à « faire plier le gouvernement sur le budget ». Il en va de sa crédibilité. « Les équipes municipales ont connu un mandat d’austérité après le Covid. Le prochain pourrait être un mandat de pénurie» D’autant plus que, derrière l’enjeu financier, il y a surtout un enjeu démocratique. La libre administration des communes est menacée par un contrôle de plus en plus pointilleux de l’État sur les politiques locales.

D’où le thème du congrès de l’AMF : « Pour les communes, liberté ! ». Christophe Bouillon, président de l’Association des petites villes de France (APVF), raconte que la cour régionale des comptes lui a même reproché les dépenses pour la piscine. « Il est pourtant de notre responsabilité d’enseigner aux enfants à nager », rappelle le maire PS de Barentin (Seine-Maritime).

Et il y a aussi un enjeu de faire vivre l’économie locale et d’assurer la transition écologique, alors que les collectivités territoriales représentent 70 % de l’investissement public. « Le fonds vert fond plus vite que la banquise », s’indigne Christophe Bouillon. Chargé d’aider les collectivités à œuvrer à la transition écologique, ce fonds est passé de 2,5 milliards d’euros en 2024 à 1,2 milliard en 2025. Une enveloppe qui pourrait être rabougrie à 650 millions d’euros en 2026. Jeudi, le premier ministre, Sébastien Lecornu, se rendra au congrès de l’AMF. Ses oreilles vont siffler.


Gaël De Santis. L’humanité. Source (synthèse) Voir Note MC

L’avis de B.H.

Il n’y a qu’une chose à faire : si la baisse des dotations est maintenue les maires ne mettront pas les bulletins des partis qui ont voté le budget aux prochaines élections.
C’est une menace qui peut faire réfléchir.


Note – MC

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