Les licenciements au prétexte de l’IA
se comptent par dizaines de milliers
dans la Tech depuis le début de l’année.
Accenture montre une certaine cohérence en appliquant à elle-même ce qu’elle enseigne à ses clients : les transformations numériques et l’intelligence artificielle augmentent la productivité, souvent au détriment des emplois. En six mois, elle a réduit ses effectifs de 22 000 postes, dont 12 000 récemment. Bien que le groupe continue d’embaucher des experts en données et IA, les licenciements sont nombreux.
Face à cette situation, Julie Sweet, la PDG, a mentionné dans une vidéo la « plus grande restructuration organisationnelle de l’histoire de l’entreprise ». Elle a essayé de justifier ces changements en parlant d’innovation et de réinvention, tout en indiquant que certains employés ne peuvent pas se reconvertir.
Nayla Glaize, syndicaliste, critique cette approche, affirmant que l’entreprise utilise l’innovation comme excuse pour licencier, et que la communication de la PDG cible davantage les clients et les actionnaires que les employés. Sous sa direction, Accenture cherche à moderniser son image en déménageant ses bureaux français vers un quartier plus prestigieux.
- Pour rassurer les actionnaires, il faut de l’IA partout
L’IA est devenue la principale activité d’Accenture, avec près de 6 milliards d’euros l’an dernier, soit le double de l’année précédente. Selon Julie Sweet, « nous investissons dans la formation continue de nos réinventeurs, ce qui constitue notre stratégie principale ».
Elle a noté que plus de 500 000 employés ont suivi une formation en IA, ce qui suscite le doute de Nayla Glaise qui se demande si ces formations consistent juste en des vidéos en ligne sur l’IA générative. Elle ne connaît pas les conséquences possibles des licenciements en France, mais souligne qu’il y a eu une baisse des effectifs de 400 à 600 personnes en un an, soit environ 10 %.
Ces départs ont été principalement dus à des ruptures conventionnelles individuelles. Les suppressions de postes chez Accenture, prévues jusqu’en novembre, cibleront surtout les États-Unis. Cette situation n’est pas unique, car près de 180 000 emplois dans le secteur technologique ont été supprimés cette année.
Plusieurs entreprises, comme Tata Consultancy Services, IBM, Salesforce et Microsoft, ont également licencié des milliers de personnes, souvent en invoquant l’IA. Les licenciements touchent principalement les cadres dans les domaines des ressources humaines, du support et du code informatique.
- Un moyen de se débarrasser des séniors
Dans le contexte des entreprises comme Accenture et IBM, l’utilisation de l’IA est critiquée pour masquer des licenciements, notamment des salariés plus âgés. Haïkel Guémar, secrétaire national de Solidaires informatique, souligne que des travailleurs de 45 ans sont jugés trop vieux par des dirigeants vieillissants. Son syndicat a aidé des licenciés d’Onclusive, dénonçant des licenciements liés à une IA souvent mal implémentée.
Au CSE d’Accenture France, l’IA est devenue un critère de performance, influençant promotions et augmentations, malgré un gel salarial de trois ans. Cette tendance à l’IA est généralisée, même lorsqu’elle n’est pas nécessaire, renforçant l’idée que cette technologie serait synonyme de gains de productivité et de profits.
- Derrière l’IA, la contraction des dépenses publiques
Inetum, anciennement GFI et maintenant détenu par Bain Capital, a gelé les recrutements il y a 18 mois, entraînant de nombreux départs et une hausse des licenciements pour fautes et ruptures conventionnelles. Vincent Brachetti, délégué syndical, rapporte que la direction justifie ces licenciements par un niveau d’exigence supérieure, tandis que l’intelligence artificielle joue un rôle croissant, rendant nécessaire moins de personnel pour des missions auparavant réalisées par plusieurs personnes.
Aux États-Unis et en France, les entreprises comme Accenture et Inetum subissent une contraction de la commande publique, ce qui inquiète les actionnaires malgré des discours sur l’IA. Haikel Guémar souligne que les investissements publics sont gelés et que les grandes entreprises de services numériques, dépendantes de contrats publics, souffrent particulièrement.
C’est encore plus vrai pour Accenture. « Le groupe a perdu beaucoup de contrats stables à cause de la réduction des dépenses publiques, ajoute Nayla Glaise. Le groupe est aussi une victime collatérale de Trump et du DOGE d’Elon Musk ».
Pierric Marissal. Source (Synthèse – Extraits) 03/10/2025
L’IA est certes une bonne excuse mais les restructurations vont continuer surtout dans les services financiers et les assurances.