En Israël, apartheid et révisionnisme s’invitent à l’école

Depuis le 7 octobre 2023, le milieu scolaire n’échappe pas aux tensions et au racisme qui traversent la société israélienne. Les professeurs et étudiants qui se mobilisent pour la paix font l’objet de convocations.

Sur fond de renforcement de la militarisation de l’institution scolaire, les manuels réécrivent l’histoire pour légitimer le discours de l’extrême droite.

Adam Eli, professeur d’histoire à Rishon Lezion, évoque les colis envoyés aux soldats israéliens par des élèves de maternelle, soulignant l’impact du système scolaire israélien sur le militarisme. Il décrit comment, depuis le 7 octobre 2023, les tensions sociales se reflètent dans les écoles, avec des enseignants et des élèves appelés par l’administration pour leurs opinions politiques. Eli, membre du mouvement Hadash, souligne la pression sur les dissidents et le traitement différencié entre professeurs juifs et arabes dans un système éducatif ségrégué.

Des classes vertes en Cisjordanie occupée

Ce n’est qu’à l’université que juifs et Palestiniens se rencontrent. Le racisme a pris une tournure inquiétante depuis le 7 octobre. Des étudiants juifs israéliens d’extrême droite dénoncent leurs camarades arabes et dressent des listes pour le moindre propos sur la Palestine. « Avant, c’était déjà présent, mais la situation s’est aggravée. L’administration demande aux étudiants s’ils soutiennent le Hamas. On apprend aux étudiants palestiniens à avoir peur », dit Salah, professeur d’arabe, qui préfère rester anonyme. Hala, étudiante en communication visuelle, observe : « On lit l’inquiétude dans les yeux de nos parents. Ils étaient engagés en politique, mais maintenant, ils nous dissuadent. Avant, ils risquaient d’être arrêtés pour avoir jeté des pierres ; aujourd’hui, un message sur les réseaux peut suffire. »

À la Knesset, les élus Hadash s’opposent à un amendement qui transforme les activités politiques en incitation au terrorisme. « Ces lois risquent d’activer le terrorisme contre la minorité arabe palestinienne », déclare l’ex-député Youssef Atauna (Hadash). Contrairement aux prétentions du ministère de l’Éducation, l’école ne forme pas des citoyens mais des soldats. À 16-17 ans, les lycéens participent à la Gadna, créée par la Haganah. « On leur apprend la discipline et on les incite à s’enrôler », dit Adam Eli.

Récemment, le ministère, dirigé par Yoav Kisch, a proposé des classes vertes en « Judée-Samarie » pour que « les jeunes visitent des lieux historiques juifs », dit Adam Eli. Les récits mythifiés laissent peu de place aux Palestiniens. Les manuels les désignent comme « arabe » pour effacer leur identité : « L’Arabe n’a pas d’histoire propre, il n’a pas de racines », résume Adam Eli, les présentant comme arriérés. Un manuel de 2003 notait : « La société arabe s’oppose aux changements et est réticente aux innovations. »

Theodor Herzl mais pas Mahmoud Darwich

Mina Alaa Al Din vient de terminer ses études en architecture. Elle déclare : « Si tes parents ne t’ont pas appris l’histoire des Palestiniens, tu ne l’apprendras pas à l’école. » Les manuels évoquent souvent Theodor Herzl, qui a proposé un État pour les juifs au XIXe siècle, mais rarement Mahmoud Darwich, un grand poète palestinien.
Une étude de l’association Sikkuy montre que la discrimination passe par la géographie : « Dans les manuels en hébreu, les cartes montrent seulement Israël, sans mentionner Nazareth, une grande ville arabe », dit Amjad Shbita, codirecteur de l’ONG.

Cette vision laisse penser que la société palestinienne s’est effondrée d’elle-même, facilitant la création d’Israël. L’histoire de la Nakba (catastrophe) de 1948, qui relate les massacres et l’exode de 800 000 Palestiniens, est souvent minimisée. « On reconnaît que les forces israéliennes ont déporté des Palestiniens, mais sans contexte. On parle d’incidents isolés pour des raisons tactiques, sans mentionner la résistance », explique Adam Eli.

Le professeur ajoute : « L’histoire est enseignée pour prouver que nous avons raison. » Cela légitime la violence coloniale. En février, les enseignants ont été instruits de faire porter le blâme sur l’Égypte pour la guerre d’Octobre 1973, bien qu’Israël ait rejeté les offres de paix. Depuis 2018, les livres déclarent qu’Israël est un « État juif ».

Les manuels pour les Palestiniens d’Israël ne parlent pas davantage de leur histoire ou de leurs auteurs. « Nous n’avons jamais eu d’autonomie pour nos manuels », dit Amjad Shbita.
Pour compenser, les Palestiniens de 1948 créent des podcasts et des documentaires sur leur histoire locale, notamment sur la première Intifada de 1987 à 1993, souligne Nadera Abu Dubey Saadi, chef de projet à l’association Femmes contre la violence.

Des étudiants en armes

Signal d’une lente fascisation : des étudiants juifs appellent à tuer des Palestiniens en classe. Expéditions punitives criant Mort aux Arabes en public, police absente. La maire a évacué les étudiants palestiniens plutôt que d’arrêter les militants armés. Militarisation des campus, professeurs réservistes affichant leur unité. Les enseignants palestiniens tentent de semer le doute et de préserver de petites victoires.


Lina Sankari. L’Humanité. Source (Synthèse). Lien vers l’original


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