« La démocratie en France est malade, elle a été infectée par le virus de l’autoritarisme. » C’est une charge implacable, mais très documentée que dressent la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Ligue des droits de l’homme (LDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), dans un rapport publié ce jeudi. Intitulé « France : démocratie en décrochage.
« Une dégradation profonde et structurelle »
Le document souligne qu’en France, l’environnement pour l’expression de la société et les libertés publiques se détériore, qualifiant cela de « dérive illibérale ». Elena Crespi, responsable à la FIDH, précise que même si la France n’a pas atteint le niveau de recul démocratique de la Hongrie, son discours stigmatisant et sa répression accrue des mouvements sociaux indiquent une tendance inquiétante.
Les marqueurs d’un basculement autoritaire
La France, souvent considérée comme un bastion des droits de l’homme, fait face à des restrictions sévères des libertés civiques. Un rapport souligne des reculs démocratiques, tels que des mesures d’exception liées à l’état d’urgence, la répression des gilets jaunes, et des manifestations contre les méga-bassines et la réforme des retraites. Il mentionne également une crise de confiance exacerbée par la nomination d’un Premier ministre en dehors de la formation majoritaire.
Un effet dissuasif sur la société civile dans son ensemble
Mais, avant de se s’intéresser aux actes, c’est d’abord dans les discours du personnel politique que les auteurs de cette enquête ont constaté un « tournant ». Alors que les associations participent à la vitalité démocratique d’un pays, elles sont de plus en plus nombreuses à être présentées par l’exécutif comme un « ennemi intérieur » à combattre. Un épisode marquant de cette dérive est la façon dont Gérald Darmanin, alors ministre de l’Intérieur, avait, en avril 2023, menacé la LDH d’un retrait de ses subventions, en représailles de son rôle d’observateur des pratiques policières pendant les manifestations.
Une offensive reprise depuis par son successeur Place Beauvau : en avril, sur X, Bruno Retailleau avait accusé la LDH de « faire le jeu des narcotrafiquants et des voyous », au motif que l’association avait effectué un recours contre l’utilisation de drones dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, à Rennes.
Le rapport cite aussi les multiples attaques du même ministre contre les associations de défense des exilés ou encore les propos d’Aurore Bergé, en février 2024. La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes avait alors demandé de « passer au crible » les subventions de toutes les associations féministes, celles-ci n’ayant pas, à son goût, suffisamment dénoncé les violences sexuelles commises par le Hamas, le 7 octobre 2023.
Par ces menaces financières, « le gouvernement exerce un contrôle sur le discours et les actions portés par les associations, entraînant un risque élevé d’autocensure et un effet dissuasif sur la société civile », estime le rapport.
L’« influence considérable » des médias de Vincent Bolloré
L’exécutif a trouvé des alliés dans sa bataille pour le contrôle des médias, dominés par quelques milliardaires diffusant des idées d’extrême droite, comme le groupe de Vincent Bolloré. Les ONG s’inquiètent de l’influence de ces médias sur l’image des manifestant·es et des défenseur·es des droits humains, souvent associés à « le wokisme » ou à « l’islamo-gauchisme ». La loi « de séparatisme » d’août 2021 a renforcé le pouvoir de l’exécutif sur les associations, conduisant à une augmentation notable des dissolutions, dont « une quarantaine depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron ».
Premiers visés : les soutiens des Palestiniens et les défenseurs de l’environnement
Le rapport note enfin que, dans cette attaque généralisée contre les porteurs de voix critiques, certains acteurs sont particulièrement ciblés. C’est le cas de ceux qui expriment leur solidarité avec le peuple palestinien, « objet d’une répression intense, sur le plan administratif et judiciaire », ou des défenseurs de l’environnement, comme l’a montré « l’usage massif et souvent illégal de la force » à Sainte-Soline ou encore la tentative de dissolution des Soulèvements de la Terre.
Alexandre Fache Source (synthèse – Voir l’original)
Bien sûr, il est possible de contester les rapports : de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), la Ligue des droits de l’homme (LDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT), mais alors apporter des arguments irréfutables contre l’analyse de ces ONG. MC
un virus qui se répand partout et à toute vitesse.