Inopinément, la joie

Inopinément, la joie prit un tour inattendu, pour ceux qu’elle concernait. Au-delà même de toute limite inféconde, elle bondit sans rien attendre du petit jour, qui n’est jamais aussi petit qu’on le dit.

Dans la rue, des enfants clapotaient au milieu d’une flaque imprimée sur l’asphalte, à coups de rodomontades perdues.

Personne ne trouvait à redire, parce que les environs se desséchaient tranquillement.

Plus le vrombissement se dilatait dans l’espace, plus la mansuétude des galants fripait la fortune des miséreux. Au sol, des mouches minuscules faisaient des mouvements méticuleux et secs.

Arrivant du lointain, comme une gazelle des champs, le ministre du Commerce avançait d’un pas pressé vers les enfants de la flaque, une serviette sous le bras. Personne ne faisait mine de l’ignorer mais tout le monde l’ignorait quand même, parce qu’il y avait d’autres choses à penser, comme la nourriture, la joie première, l’amour et les camarades.


Arthur Téboul. Recueil : « Le déversoir » Ed. Seghers


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