Un gouvernement d’experts pour sauver la France ?

40 % des Français souhaitent un Premier ministre « apolitique ». En clair, ce qu’on appelle un « gouvernement technique ».

Reste à savoir ce qu’on entend par là.

L’Italie, du fait de sa proverbiale instabilité politique — 71 gouvernements depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, soit une durée moyenne d’un peu plus d’un an pour chacun… —, est sans doute le pays européen le plus représentatif pour comprendre ce qu’est un gouvernement « de crise ».

« L’Italie a eu beaucoup de gouvernements techniques, explique à Charlie Alberto Toscan, journaliste politique et correspondant à Paris de la Radio Radicale di Roma. Les deux derniers, ce sont les gouvernements Monti (novembre 2011-avril 2013) et Draghi (février 2021-octobre 2022). Mais il y a de grosses différences entre ces deux gouvernements. »

Mario Monti, pur produit de la technocratie européenne, avait formé un gouvernement « resserré » de 18 ministres, tous technos, tous sans étiquette politique, avec le couteau du FMI et de la Commission européenne sous la gorge : pas de réformes, pas de soutien européen, et mise sous tutelle en prime. « L’Italie, comme d’autres pays d’Europe, faisait face à une vraie crise de la dette publique. Le but était de donner des gages à la Commission pour qu’elle verse les fonds de soutien. Les réformes ont été très radicales, dont une réforme des retraites qui a laissé du jour au lendemain des centaines de milliers de personnes sans aucune indemnité… Cela a même donné naissance à un néologisme, devenu aujourd’hui courant dans la langue italienne : esodati. » Néologisme que l’on pourrait traduire par « en exode ».

Concrètement, il s’agissait de travailleurs qui avaient, tout au long des années, été « incités » à partir en retraite anticipée par leur employeur, en échange d’une indemnité forfaitaire calculée en fonction des années qu’il leur restait à accomplir jusqu’à l’âge de leur retraite (65 ans).

Sachant que le système italien est, depuis le milieu des années 1990, un système par capitalisation, et la réforme repoussant l’âge de la retraite jusqu’à 67 ans, un nombre très conséquent de ces « préretraités » se sont retrouvés avec des cacahouètes. Et avec l’impossibilité de retourner sur le marché du travail, puisqu’ils avaient pris leur retraite… « Les Italiens ont souvent dû endurer des mesures très dures, poursuit Alberto Toscano.

Pendant le premier gouvernement Prodi (mai 1996-octobre 1998), le ministre du Trésor et du Budget, l’ex-gouverneur de la Banque d’Italie Carlo Azeglio Ciampi, avait mis en place un prélèvement obligatoire sur les comptes courants, en échange de bons du Trésor ! »

En revanche, « le gouvernement de Mario Draghi n’a pas été le fruit d’une crise, mais d’une opération politique menée par Matteo Renzi (1) pour marginaliser le Mouvement 5 étoiles [parti populiste foutoir fondé par Beppe Grill°, ndlr], qui disposait de la majorité relative au Parlement », nuance Alberto Toscano.

Une manœuvre politique qui a entraîné la nomination du très apprécié ex-président de la Banque centrale européenne, avec le soutien de la plupart des partis, à l’exception notable de Fratelli d’Italia, la formation d’extrême droite dirigée par… Giorgia Meloni. « La situation n’était pas du tout la même qu’avec Montt. Draghi a géré l’après-Covicl : l’Union européenne devait verser à l’Italie 20 milliards d’euros dans le cadre de son plan de soutien post-pandémie, il fallait une figure suffisamment respectée pour assurer que ces fonds ne seraient pas affectés n’importe comment. Draghi a surtout engagé des réformes structurelles de l’administration publique et des grands travaux ».

Autrement dit, un « gouvernement technique », ça ne veut pas dire grand chose. Tout dépend de la mission qu’il est censé accomplir. Dans le cas de la France, il y a l’embarras du choix. Mais, considérant le bordel politique et les échéances électorales qui demeurent la seule boussole et le seul objectif des dirigeants, comme aurait dit Coluche, il y a surtout l’embarras.


Gérard Biard. Charlie Hebdo 10/09/2025


  1. Ex président du Conseil (2014-2016), ex-dirigeant du Partito Democratico (PD, centre gauche), à la réputation – justifiée – d’être un modèle de manoeuvrier opportuniste.

Une réflexion sur “Un gouvernement d’experts pour sauver la France ?

  1. bernarddominik 12/09/2025 / 15h32

    Le résultat ? L’Italie est passé devant la France en matière d’économie, elle couvre ses importations par ses exportations, et elle a un excédent budgétaire qui lui permet de réduire petit à petit son endettement

Répondre à bernarddominikAnnuler la réponse.