- … un livre choc sur le concours Miss France.
Il devait s’agir d’un livre sur le centenaire du concours Miss France, retraçant les plus belles lignes de son histoire. Mais l’ouvrage, intitulé Miss France, du rêve à la réalité, qui paraît le 8 septembre, a pris un autre tournant, révélant le côté sombre de cette élection, au fil des témoignages des 60 reines de beauté encore en vie.
Isolement, rythme effréné, harcèlement, cyberharcèlement, rebond professionnel compliqué, dépressiôn… « Je suis arrivée à Miss France vivante, je suis sortie de mon année morte », a même confié l’une d’elles. « Je découvre une face cachée que je n’osais pas imaginer. C’est une machine à broyer les candidates, elles sont fracassées par le concours et on les renvoie dans la société sans protection », confie Hubert Guérin, dernier collaborateur de Geneviève de Fontenay, avec qui il a travaillé pendant onze ans.
Agressions sexuelles répétées
À l’origine, ce livre devait d’ailleurs être rédigé à quatre mains avec l’ex-patronne emblématique du concours (1981-2010), décédée le 1er août 2023. Dans cette enquête, plusieurs anciennes Miss France et élues régionales ont avoué avoir été victimes de violences sexuelles « dans le cadre du concours, sous la direction de l’organisation Miss France. Ce sont des histoires qui se répètent, toujours le même schéma », affirme-t-il.
Les victimes ont choisi de garder l’anonymat, mais ont livré des témoignages glaçants. « Élue Miss France, je suis violée quelques heures plus tard : dans ma chambre, on me pousse contre le lit, on me traite de tous les noms et on me déchire la robe », témoigne une ex-Miss.
« Le lendemain de mon sacre, je suis forcée à faire une fellation », dénonce une autre. « [Il] passait dans toutes les chambres, se plaçait entre les candidates pour faire une photo et mettait une main sur chaque fesse », révèle une troisième.
Certaines évoquent également des séances photos pendant lesquelles elles subissent des attouchements sur leur poitrine.
Selon l’auteur, plusieurs agressions sexuelles auraient eu lieu lors des voyages de préparation à l’étranger, jusqu’au soir de l’élection, principalement entre 1990 et 2002. Hubert Guérin assure que Geneviève de Fontenay n’était pas au courant et qu’elle « a toujours tout fait pour protéger les candidates » dans un Milieu très masculin.
Quant à Sylvie Tellier, elle affirme, elle aussi, « n’avoir jamais eu connaissance dés faits dénoncés ». L’auteur reconnaît que cette dernière a instauré des réformes décisives à son arrivée au sein de la société Miss France en 2005.
Un #MeeTeo des Miss
L’ancien collaborateur de Geneviève de Fontenay parle d’une « omerta » comparable à celle de l’Église. Les candidates, explique-t-il, n’osaient pas dénoncer les faits par peur d’être éliminées ou de ne pas être crues.
Pour l’auteur, ce livre doit permettre aux victimes de briser le silence :« L’objectif, c’est de provoquer un #MeToo des Miss. Dire : vous n’êtes pas seules, parlez, révélez, dites ce qui s’est passé ».
Andrey Vennorel. Le Dauphiné. 04/09/2025
Une réflexion sur “Haro sur la chair…”