Adict aux jeux…

… avec les jeux en ligne la perte de contrôle est plus rapide.

Quand peut-on parler d’addiction aux jeux ?

« Comme pour toutes les addictions, il n’y a pas de catégories où d’un côté il y a ceux qui jouent sans problème et de l’autre côté ceux qui jouent avec une addiction. On parle plutôt d’un continuum, où la pratique de jeu devient progressivement plus intense. Le trouble de l’usage du jeu se caractérise surtout par la perte de contrôle, c’est-à-dire que l’on mise plus que ce que l’on a envisagé, on passe plus de temps que prévu sur les opérateurs, on mise plus proportionnellement à ce que l’on gagne. Dans ces cas-là, un véritable cercle vicieux s’installe, avec des pertes financières, mais aussi familiales, sociales ou professionnelles. L’addiction est de plus en plus sévère lorsqu’il y a une poursuite du jeu malgré ces conséquences ».

 Est-ce que vous voyez une évolution des demandes de prise en charge ?

« Oui. Globalement, il y a un rajeunissement de la population, qui est évidemment lié aux pratiques en ligne. Pour les pratiques en réel, il y avait souvent un intervalle de temps très long, d’une dizaine d’années en moyenne, entre le moment où les gens commençaient à jouer et le moment où une pratique d’addiction s’installait. Actuellement, avec les jeux en ligne, l’addiction, le dérapage et la perte de contrôle sont plus rapides. C’est notamment dû à la mondialisation du marché. Maintenant, il est possible de parier sur des championnats coréens de football ou parfois même sur des sports un peu improbables. Cette absence de limites spatio-temporelles présente un risque pour les joueurs ».

Que faites-vous lorsque vous avez affaire à un joueur ?

« Déjà, c’est très bien lorsque les joueurs demandent de l’aide, car la demande de recours aux soins est très faible. On estime qu’il y a entre 10 et 20 % des joueurs qui présentent une addiction qui consultent. Bien souvent, ils font cela car l’entourage commence à être inquiet. Lorsque l’on reçoit un joueur, on évalue sa situation de manière globale : type de jeu, fréquence, pertes financières, impact social et familial. On examine aussi les vulnérabilités sous-jacentes, comme une dépression ou une autre addiction, et on collabore avec les travailleurs sociaux lorsqu’il y a du surendettement. On évalue également le risque suicidaire car cette addiction conduit parfois à l’isolement et à l’enfermement. Enfin, on accompagne les joueurs en fonction du type de jeu. Par exemple, quand cela concerne les jeux d’argent en ligne, on propose des mesures d’interdiction volontaire ».


Recueillis par Alexandre Boyer, Le Dauphiné. 16/09/2025


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