… ou les réacs en activité !
Le ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, arrive au sommet d’Anchorage avec un sweat-shirt marqué du logo CCCP. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, annonce vouloir annexer la bande de Gaza et la Cisjordanie. Le président américain, Donald Trump, déclare qu’il va nettoyer les musées de l’influence woke. Le dénominateur commun à tous ces braves gens, c’est d’avoir une vision du monde qui est celle de leur jeunesse.
Ils veulent restaurer la société dans laquelle ils sont nés, quand l’URSS était la deuxième puissance mondiale, quand l’Autorité palestinienne n’existait pas, quand les États-Unis n’avaient pas encore été ébranlés par la lutte pour les droits civiques. Cette tendance actuelle est bien plus qu’un mouvement réactionnaire, comme l’avaient été, au début des années 1980, le reaganisme ou le thatchérisme. C’est carrément une machine à remonter le temps que ces leaders politiques veulent faire fonctionner.
Gouverner leur nation ne leur suffit pas, ils ont décidé de se replonger dans le passé. Une vision délirante de leurs pouvoirs qui va bien au-delà du simple exercice de leurs prérogatives politiques. Le pire, c’est que beaucoup de gens adhèrent à leur rêve de toute-puissance sur le réel. Comme si le futur les angoissait tellement qu’ils ne lui faisaient plus confiance et que seul le passé allait les protéger.
Le clivage entre la gauche et la droite n’a pas disparu, et il existe beaucoup de critères pour le définir. Parmi lesquels la confiance en l’avenir. La droite se targue d’être lucide et pragmatique, et s’accroche à des modèles anciens qui ont, selon elle, fait leurs preuves.
La gauche, au contraire, les rejette, car ils sont synonymes d’immobilisme et empêchent la société de progresser. Elle parie sur l’optimisme en l’avenir, ce que la droite ne manque pas de critiquer en parlant de « naïveté » ou d’« angélisme ». Si on retient ce critère, on en conclut que jamais le monde n’a été autant de droite, c’est-à-dire obsédé par les civilisations du temps jadis.
Pour la démocratie
Les spectacles son et lumière comme celui du Puy du Fou en ont inspiré d’autres de cet acabit à travers la France et l’Europe. Le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, qui expliquait récemment que pour limiter l’immigration il fallait faire « plus de bébés de souche européenne », serait à l’origine du label « Les plus belles fêtes de France » dont le but est de promouvoir les fêtes traditionnelles.
Contrairement à ce qui a été écrit, ces manifestations ne visent pas à faire la promotion du roman national, auquel on reproche de faire l’impasse sur les périodes sombres de notre pays afin d’unifier les Français autour d’un récit historique approximatif, comme le voulait la IIIe République.
Non, la vision de l’histoire de France de Stérin et de Villiers n’est pas celle du roman national d’une république qu’ils exècrent, mais celle de la révolution nationale de Vichy, qui accuse la Révolution française d’avoir détruit l’Ancien Régime, à leurs yeux parfaits, avec une aristocratie qui dirige et des serfs qui obéissent.
Pour eux, démocratie et république sont des régimes détestables qu’il faut abattre, partageant ainsi la même vision que celle d’un autocrate assassin comme Poutine et d’un mythomane corrompu comme Trump.
À l’image de l’URSS vantée par Sergueï Lavrov sur son sweat-shirt, nous assistons à une tentative de réhabilitation de systèmes politiques disparus. Le traditionnel clivage gauche-droite est remplacé par le clivage démocratie-Ancien Régime.
Qu’est-ce que la gauche a prévu d’opposer à cela, en France, aux États-Unis et ailleurs ?
Pas grand-chose.
Agiter l’épouvantail du retour des fachos en espérant que cela fera revenir vers elle les électeurs qui l’ont abandonnée depuis des années ne suffira pas. L’enjeu n’est pas de ferrailler une fois de plus avec la droite classique, mais de se battre pour défendre la démocratie contre la résurrection des ordres anciens dirigés par des fins de race qui s’imaginent supérieurs à tous les autres.
Éditorial de Riss. Charlie Hebdo. 27/08/2025
Titre original : « Fin de race ou fin de la démocratie ? »