Toi qui penses, dans ta voix,
Trouver, au nid de la joie,
L’oiseau rare du bonheur,
Tu lasseras ton haleine
A le chercher dans la plaine,
Malencontreux promeneur !
Il n’est pas dans les campagnes,
Au désert, sur les montagnes,
Dans les forèts, il n’est pas ;
A le chercher par les villes,
Sur les caps et dans les îles,
Tu fatigueras tes pas.
Dans les profondes vallées,
Sur les crêtes dentelées
Tu feras ton campement,
Et tu poursuivras ta course
De l’embouchure à la source
Vainement et vainement.
De l’Inde aux deux Amériques,
De l’Équateur aux tropiques
Et des gouffres aux sommets,
Sur les terres et sur l’onde
Tu feras le tour du Monde
Sans le rencontrer jamais,
En aucun point de la Terre,
De l’un à l’autre hémisphère,
Du jeune au vieux continent,
Ni des glaces boréales
Aux solitudes australes,
Ni du Levant au Ponant.
Ami, reste en ton ornière,
Château fort, maison, chaumière,
Bateau, creux d’arbre, pavé,
Où, dès ton premier sourire,
Ta mère t’apprit à dire
Ton pater et ton ave.
Car l’oiseau bleu de ton rêve,
Cherché sans repos ni trêve,
Le bel oiseau bleu vainqueur,
En dépit des apparences,
N’est pas si loin que tu penses :
Il est au fond de ton cœur.
Claudius Popelin. Recueil « Poésies complètes (Ed 1889) ». Ed. Hachette/BNF