Au pouvoir depuis 1996, Benjamin Netanyahou cumule près de dix-huit années comme Premier ministre, avec deux interruptions. C’est déjà cinq ans de plus que Ben Gourion, le fondateur de l’État hébreu.
Certains pensaient que les attaques terroristes du 7 octobre 2023, les pires jamais subies par Israël, lui seraient fatales. Ils se sont trompés. En tacticien politique hors pair, Benjamin Netanyahou exploite la guerre à Gaza pour se maintenir au pouvoir coûte que coûte. Le conflit n’a plus de logique militaire, mais un objectif essentiellement politique, comme l’illustre la décision d’engager Israël dans une guerre d’occupation totale, contre l’avis de l’année.
Benjamin Netanyahou est accusé d’entraîner le pays dans une fuite en avant aux conséquences dramatiques en se préoccupant d’abord de sa survie politique.
Les familles d’otages et les opposants au Premier ministre appellent à une nouvelle journée de grèves et de manifestations ce mardi à Tel-Aviv, après celle du 17 août, qui a rassemblé près de 500 000 personnes. Les manifestants réclameront à nouveau un changement de politique du gouvernement pour qu’il donne la priorité au rapatriement des otages en acceptant la proposition de cessez-le-feu du Hamas.
Seulement 18 % des Israéliens contre tout accord avec le Hamas
Benjamin Netanyahou est, selon de récents sondages, de plus en plus contesté : 62 % des Israéliens n’ont plus confiance dans le gouvernement et seulement 18 % sont opposés à tout accord avec le Hamas même si la vie des otages en dépend.
L’impopularité du Premier ministre israélien le rend encore plus dépendant des ministres d’extrême droite qui menacent de renverser sa fragile coalition en cas de cessez-le-feu avant l’anéantissement du Hamas. Benjamin Netanyahou n’a même plus de majorité à la Knesset, le Parlement israélien, depuis que deux partis religieux ont quitté la coalition pour protester contre l’abandon de la loi qui exemptait les jeunes juifs ultra-orthodoxes de leurs obligations militaires.
Le Premier ministre, qui a déjà survécu à des risques politiques plus graves, est désormais sous la menace d’élections anticipées avant le scrutin d’octobre 2026. Sa coalition serait battue si l’élection se tenait aujourd’hui.
Les partis suprémacistes en profitent pour avancer leurs pions. Le ministre des Finances Bezalel Smotrich a obtenu l’accord du gouvernement pour le projet de colonie juive El qui va couper en deux la Cisjordanie occupée, rendant quasiment impossible la création d’un hypothétique État palestinien. Ce plan représente un pas de plus vers l’annexion de la Cisjordanie où vivent déjà 700 000 juifs.
L’annonce de la prise de contrôle de la ville de Gaza et du déplacement forcé d’un million de Gazaouis fait craindre une aggravation de la crise humanitaire dans le territoire où l’ONU vient de déclarer une famine. L’offensive risque aussi de mettre en danger les otages dont une vingtaine seraient encore en vie.
Les experts militaires mettent en garde sur les conséquences de cette opération en préparation. « L’occupation de territoires à Gaza ou la conduite de manœuvres militaires supplémentaires ne pousseront pas le Hamas au bord de l’effondrement, mais conduiront plutôt à une guérilla prolongée et efficace », prévient Tamir Hayman, directeur exécutif de l’Institut israélien d’études sur la sécurité nationale (INSS), dans une note du 20 août.
De plus en plus isolé diplomatiquement, Benjamin Netanyahou garde cependant un allié de poids grâce à l’appui inébranlable des États-Unis.
Luc Chaillot. Le Dauphiné. 25/08/2025
Des frappes meurtrières sur un hôpital à Gaza
Au moins vingt personnes, dont cinq journalistes qui collaboraient avec Al Jazeera, Reuters et AP, ont été tués lundi 25/08/2025 dans des frappes israéliennes sur un hôpital du sud de la bande de Gaza.
L’armée a reconnu avoir mené « une frappe dans la zone de l’hôpital Nasser », et annoncé une « enquête », regrettant « tout dommage causé à des personnes non impliquées ».
Elle a affirmé qu’elle « ne ciblait pas les journalistes en tant que tels ». Les journalistes et les hôpitaux ne devraient jamais être pris pour cible, a dénoncé l’ONU.
Près de 200 journalistes ont été tués depuis le début de la guerre.