Non l’article qui suit n’est pas une analyse de l’émission diffusée par M6 – Philippe Etchebest… Bien que pour les rares fois où j’ai regardé cette émission… MC
Tout commence en 1906, à Oyster Bay, dans l’État de New York, dans une maison louée pour l’été par un banquier. À la fin du mois d’août, des cas de typhoïde se déclarent. Depuis la fin du siècle précédent, cette maladie se propage dans le pays, sans que l’on comprenne comment. On pense qu’elle est imputable à l’eau polluée, au lait, à de la matière organique putréfiée.
Sur place, l’ingénieur sanitaire George Soper recherche en vain des canaux d’infection. Petit à petit, son enquête le conduit à la cuisinière, qui a déguerpi.
Comme tous les cas se sont déclarés en quelques jours, George Soper pense que les malades ont été contaminés en même temps : un dimanche, quand a été servie de la crème glacée avec des morceaux de pêches fraîches. « Selon moi, il n’y a pas de meilleur moyen pour une cuisinière de propager des microbes répandus sur ses mains », écrira Soper.
Après quelques recherches, il en arrive à la conclusion que, partout où cette dame a mis les pieds, la mort a frappé. Elle s’appelle Mary Mallon.
Quatre mois plus tard, il finit par la localiser dans une maison de Park Avenue, à New York. Il organise une rencontre et lui annonce, en prenant des pincettes, qu’il la soupçonne de rendre les gens malades. Accepterait-elle que l’on effectue des prélèvements de son urine et de ses selles ?
La cuisinière brandit une fourchette à viande. Soper se rend au commissariat, où il affirme que cette dame, qui a l’air si bien portante, est en réalité un « tube à culture, productrice chronique des germes de la typhoïde ».
On l’écoute, on le croit, Mary Mallon est forcée de fournir des échantillons. Bingo : « Son système digestif renfermait une véritable culture du bacillus typhosus. »
Le problème, c’est que la marmitonne n’aime pas les médecins. Elle est parano, colérique, persuadée qu’on la persécute et qu’on la harcèle. Alors quand Soper revient la voir pour lui expliquer qu’elle ne se lave pas assez les mains, ses yeux étincellent de colère. Et quand il ajoute que les germes croissent « probablement » dans sa vésicule biliaire et que le meilleur moyen de les éliminer serait de s’en débarrasser, elle se lève et claque la porte.
Mise en quarantaine près de trois ans au large de Manhattan, elle intente un procès pour détention illégale, qui aboutit à sa libération. A sa sortie, elle reprend son travail sous divers pseudonymes. Après l’émergence d’un foyer épidémique où sa responsabilité ne fait aucun doute, elle est remise en quarantaine.
Elle y restera vingt-trois ans, jusqu’à la fin de sa vie. Pendant toutes ces années, Mary Mallon se croit innocente et reçoit des journalistes qui ont ordre de ne même pas accepter un verre d’eau de sa part…
On sait aujourd’hui qu’après guérison d’une fièvre typhoïde, 2 % à 5 % des individus continuent d’héberger l’agent pathogène (essentiellement au niveau de la vésicule biliaire). À la mort de la cuisinière, à 68 ans, seules neuf personnes assistent à son enterrement.
En anglais, l’expression « Typhoid Mary » est toujours utilisée pour désigner quelqu’un qui répand involontairement une maladie.
Nouvel Obs N° 3178. 14/08/2025
Étonnante histoire.