Inquiétant questionnement

Combien faut-il de Premiers ministres… pour faire voter un budget ?

François Bayrou, Premier ministre de la France, est un héros tragique. La fin de son gouvernement est annoncée. Il aura beau multiplier les adresses aux Français sur sa chaîne YouTube « FB Direct » à l’heure du rosé-piscine et répondre aux questions de ses concitoyens en maillot de bain, rien ne semble devoir s’opposer au sort funeste qui lui est promis.

Suppression de deux jours de congé, gel du barème de l’impôt sur le revenu et des prestations sociales, non-remplacement d’un fonctionnaire sur trois partant à la retraite, doublement des franchises médicales…
Se drapant dans la posture de Pierre Mendès France, éphémère président du Conseil et incarnation du courage en politique, il défend son amère potion : « le pays n’est jamais prêt, on le berce d’illusions depuis cinquante ans. Tous partis confondus, ce qui a été choisi, c’est la facilité de la dette ». L’opinion n’en a cure.

Selon un récent sondage, plus de sept Français sur dix désapprouvent son intention de réaliser 44 milliards d’euros d’économies budgétaires. Les syndicats réunis, logiquement ulcérés par ses projets de restriction de l’assurance chômage, lui préparent une rentrée fiévreuse. Sur les réseaux sociaux, une mystérieuse conspiration menace de « tout bloquer » dès le 10 septembre.
A l’Assemblée nationale, les gauches additionnées au Rassemblement national récusent ses arbitrages qui pénalisent les classes populaires et moyennes et s’apprêtent à censurer le gouvernement…

Une loi d’airain se confirme : pour faire adopter un projet de loi de finances, il convient désormais d’aligner deux Premiers ministres ! François Bayrou qui ne doit sa présence à Matignon qu’aux déboires de Michel Barnier sacrifié, le 4 décembre 2024, sur l’autel de finances publiques en détresse, risque à son tour d’en faire les frais.
Comme son prédécesseur, il pourrait bientôt servir de paratonnerre avant de céder la place à un nouveau chef de gouvernement mieux à même de trouver un compromis.
L’enchaînement de la fin de 2024 menace fort de se reproduire en 2025.

Cette obsolescence programmée des « PM » tient bien sûr à l’absence de majorité absolue à l’Assemblée nationale depuis juin 2022. Récuser le budget apparaît comme le plus sûr moyen de se démarquer du gouvernement et d’envoyer des signaux à sa base.
Mais cet exercice a ses limites : les oppositions ne peuvent guère se permettre de dézinguer deux Premiers ministres successifs sous peine d’être taxées d’irresponsabilité et d’exposer le pays aux rétorsions des marchés financiers. Après la contestation, il faut bien donner un budget à la France. […]

Avant Barnier, ce retour du refoulé parlementariste a déjà eu raison du gouvernement Borne. Lessivée par la chicaya de l’automne 2023, « Madame 49.3 » fut remplacée par Gabriel Attal qui n’a pas survécu à la dissolution macronienne du 9 juin 2024, elle-même en partie motivée par la perspective d’un guet-apens budgétaire… Pour faire adopter les budgets de l’État et de la Sécurité sociale (sans vote et par application de l’article 49.3 !), on peut donc estimer qu’Emmanuel Macron n’a pas utilisé deux Premiers ministres, mais plutôt trois, [et il reste +/- 20 mois avant la présidentielle-Legislatives… a moins que ? – MC] […]


Sylvain Courage. Le Nl Obs. N°3178. (Extrait)

Un avis de G.L

Deux précisions :
1- La désapprobation n’est pas que Bayrou veuille faire 43.8 M€ d’économie. La désapprobation est qu’il veuille la faire payer aux « petites gens » en épargnant les profits du capital et les subventions à l’industrie.
2- Bayrou n’est pas premier ministre juste parce que Barnier a sauté. Il l’est parce qu’il a fait une grosse colère, accompagnée d’un chantage au retrait de son parti du gouvernement, à l’Élysée dans la nuit du 12 au 13 décembre 2024.


3 réflexions sur “Inquiétant questionnement

  1. bernarddominik 15/08/2025 / 13h50

    Pour l’instant sa potion paraît dérisoire face á la dérive des dépenses de l’état.

  2. Gilles Labruyère 15/08/2025 / 14h12

    Deux précisions, Michel : 1- La désapprobation n’est pas que Bayrou veuille faire 43.8 M€ d’économie. La désapprobation est qu’il veuille la faire payer aux « petites gens » en épargnant les profits du capital et les subventions à l’industrie. 2- Bayrou n’est pas premier ministre juste parce que Barnier a sauté. Il l’est parce qu’il a fait une grosse colère, accompagnée d’un chantage au retrait de son parti du gouvernement, à l’Élysée dans la nuit du 12 au 13 décembre 2024.
    Une belle et souriante journée à toi.

    • Libres jugements 15/08/2025 / 15h15

      Merci Gilles pour ces précisions – j’aime les précisions lorsqu’elles sont justes – précisions donc qui seront ajoutées à l’article, avec la mention : »Un avis de G.L.
      En fait l’article a été écrit par Sylvain Courage dans le Nl Obs, je n’ai fait qu’ajouter une remarque (en italique) en toute fin de texte.
      En tout cas merci pour ce passage et commentaire.
      Amitiés. Michel

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