Terros et machos

La féminisation du monde vue comme une forme de décadence.

Le 1er juillet 2025, un jeune homme de 18 ans, suspecté de projeter un attentat masculiniste, a été mis en examen et écroué. Le parquet national anti-terroriste (Pnat) a ouvert une information judiciaire à son encontre pour « association de malfaiteurs terroriste en vue de la préparation d’un ou plusieurs crimes d’atteintes aux personnes ». Le suspect avait été interpellé le 27 juin devant son lycée, à Saint-Étienne (Loire). Il était en possession de couteaux et voulait s’en prendre à des jeunes filles de sa classe, comme cela s’est produit récemment à Nantes.

En garde à vue, il a admis son appartenance à la mouvance des « incels », un terme anglo-saxon qui désigne les « célibataires involontaires », ces hommes qui ne trouvent pas de compagne et font porter la responsabilité de. leur solitude sur les femmes qui les rejettent. À toutes les femmes, en fait : pour les « incels », l’idéologie féministe a changé l’attitude des femmes, qui ont des attentes envers les hommes ne répondant pas aux schémas traditionnels des stéréotypes de genre.
Dit plus crûment : les « incels » ne supportent pas que les femmes choisissent leurs partenaires, qu’elles ne disent plus toujours « oui ». L’« incel » a tendance à passer du temps sur les réseaux sociaux, à suivre les influenceurs masculinistes, c’est-à-dire qui pestent contre la féminisation du monde, vue comme une forme de décadence, ceux pour qui la dévirilisation des hommes est une menace pour notre natalité.

Et c’est là qu’intervient le sentiment identitaire. Sans natalité, plus de peuple ni de race. Sans « vrais hommes », et avec des femmes qui sont maîtresses de leur choix et de leur vie, c’est la décadence et l’anémie, la porte ouverte à la disparition civilisationnelle. Sans compter que le mouvement masculiniste, comme les suprémacistes blancs depuis fort longtemps, voit l’étranger non européen comme un concurrent en matière d’attractivité sexuelle, et les femmes qui succombent à ses charmes comme des traîtresses à leurs devoirs. Le suspect, justement, consultait des sites masculinistes et a été repéré par des messages violents sur les réseaux sociaux.

C’est la première fois que le Pnat se saisit d’un dossier « incel ». Nos services de renseignement intérieur avaient déjà traité le cas d’un jeune des Hauts-de-France, mis en examen en 2023 et proche de l’ultradroite. En février dernier, en Haute-Savoie, des policiers avaient neutralisé un « incel » les menaçant avec un couteau. Mais les « incels » sont-ils tous d’ultradroite ? Le raccourci est un peu vite fait.
Dans le monde académique, où le terme apparaît au début des années 2000, il désigne un homme qui souhaite avoir des relations sexuelles, mais qui n’a pas été capable de trouver une femme consentante. Cette incapacité peut provenir de troubles du comportement (timidité excessive) ou résulter de la faute à pas de chance. Il existait aussi, aux États-Unis, des forums de « femcels », des femmes célibataires involontaires.

Dans les premières tueries commises outre-Atlantique, celle de l’École polytechnique de Montréal en 1989 (14 femmes assassinées) ou celle commise par Elliot Rodger dans le comté de Santa Barbara (Californie) en 2014 (6 personnes assassinées), la revendication politique est inexistante : il n’y a que la haine des femmes. On n’a qu’un exemple, à Tallahassee (Floride) en 2018, d’un féminicide motivé en partie par la haine des étrangers vus comme des « concurrents » sexuels. Les tueurs précédemment mentionnés, en outre, étaient métis.


Jean-Yves Camus. Charlie Hebdo 09/07/2025


Une réflexion sur “Terros et machos

  1. bernarddominik 17/07/2025 / 12h02

    C’est plus des places en hôpital psychiatrique qu’en prison qu’il faut construire. Notre monde est devenu fou

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