La trêve est précaire, c’est là son défaut.
Mais quiconque se retourne sur les six premiers mois de 2025 ne peut que souhaiter une pause estivale, aussi éphémère soit-elle. Il en va de notre santé mentale collective !
A Washington règne un maître du monde autoproclamé qui met nos nerfs à rude épreuve. Depuis son investiture le 20 janvier, pas un jour sans que Donald Trump ne sature l’espace médiatique. Tantôt menaçant la planète d’une guerre commerciale, tantôt prétendant résoudre par d’improbables « deals »
les tragédies les plus implacables.
- Qu’en reste-t-il ?
Non seulement le 47e président des États-Unis peine à ouvrir la nouvelle ère de prospérité qu’il avait promise à ses électeurs, mais il n’a pas non plus pour l’heure fait avancer d’un pouce la « pacification » des relations internationales dont il s’était fait le chantre. Sa décision cynique de lâcher la résistance ukrainienne n’a fait qu’accroître les appétits impérialistes de Vladimir Poutine.
Ces jours-ci, le débat budgétaire américain risque d’aboutir à l’extinction programmée d’une aide militaire vitale pour l’armée ukrainienne. Kiev désespère sous les bombes, comme au début de l’offensive russe…
Au Proche-Orient, le bilan est tout aussi navrant : tandis que Trump continue de promettre un cessez-le-feu imminent, Gaza endure une famine. La catastrophe humanitaire est telle qu’on ne peut que souhaiter que le président américain parvienne à convaincre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, de mettre fin à la guerre.
- Comment bloquer l’engrenage du conflit régional pour la « sécurité d’Israël » que Netanyahou, plus que jamais soutenu par son opinion publique, veut mener à son terme ?
En bombardant les installations nucléaires iraniennes, Trump a apporté un appui politique décisif au boutefeu de Tel-Aviv. Sans provoquer la chute de la dictature théocratique iranienne, qui a intensifié la répression intérieure.
- Qu’est-il advenu du stock d’uranium enrichi que le régime des mollahs, plus que jamais obsédé par la fabrication d’une arme atomique, assure avoir transporté en lieu sûr ?
L’Iran, signataire du traité de non-prolifération nucléaire, se soustrait sine die aux visites de l’Agence internationale de l’Énergie atomique.
- Et la France dans tout ça ?
Un an après les élections législatives anticipées, l’Assemblée nationale sans majorité menace de renverser bientôt le gouvernement de François Bayrou, qui compte les jours et semble se satisfaire de durer plus longtemps que ses prédécesseurs Gabriel Attal et Michel Barnier, et de dépasser peut-être, le 18 septembre, son modèle Pierre Mendès France (huit mois et cinq jours à Matignon). Au Palais-Bourbon, des lois passent malgré tout, comme le démontre notre enquête.
Mais les socialistes déçus par l’échec du conclave sur les retraites et revenus à leur posture d’opposition offriront bientôt l’occasion aux députés du Rassemblement national de porter l’estocade en ajoutant leurs voix à une motion de censure de la gauche lors d’un débat budgétaire qui s’annonce himalayesque.
- Comment envisager 40 milliards d’économies et faire adopter une loi de Finances à dix-huit mois d’une élection présidentielle ?
Le socle commun des macronistes et de la droite est aux abonnés absents. La guerre de succession opposant Edouard Philippe, Bruno Retailleau, Gérald Darmanin et les autres a commencé. Le 8 juillet prochain, le président de la République retrouvera, certes, son pouvoir jupitérien de dissoudre. Mais un nouveau coup de foudre risque fort de lui être politiquement fatal…
Sans oublier tout à fait ces enjeux, nos chères lectrices et chers lecteurs doivent donc impérativement s’accorder un été inspirant. « Il faut savoir être zen ! », recommande le chroniqueur et animateur de France-Inter Matthieu Noël, qui a supprimé toutes les alertes infos sur son téléphone pour mieux profiter des siens et « apprécier la durée des jours ».
Sylvain Courage. Édito. Le Nl Obs. N° 3171. 03/07/2025