Les origines suisses de la Légion étrangère…
La fête nationale française a lieu ce vendredi 14 juillet et l’événement est marqué chaque année par un défilé militaire sur les Champs-Élysées à Paris.
Dans le long cortège, une troupe en particulier est très attendue par les (télé)spectateurs. Il s’agit de la Légion étrangère. Ce légendaire corps de l’armée de terre française constitue l’une des unités d’élite des forces militaires de l’Hexagone.
Il a toujours participé au défilé du 14 Juillet. La Légion étrangère marchant plus lentement que les autres unités (au rythme de 88 pas par minute, contre 120 en général), elle apparaîtra, comme d’habitude, à la fin du défilé des troupes à pied.
Fer de lance de l’armée française, autant respectée que redoutée par les autres armées à l’étranger, véritable fierté nationale outre-Jura, la Légion étrangère est pourtant, dans une certaine mesure, la plus suisse des troupes françaises. En effet, ses origines sont étroitement liées aux soldats suisses. Récit.
Des soldats suisses dès sa création
La Légion étrangère est créée par le roi des Français Louis-Philippe dans une ordonnance datée du 10 mars 1831. Deux raisons principales expliquent cette création.
- L’une est militaire : il faut dépêcher des renforts en Algérie, dont la France a lancé la conquête un an plus tôt, mais où ses troupes s’enlisent face à la résistance farouche des « indigènes ». Et comme l’opinion publique est hostile à l’envoi de troupes supplémentaires, les autorités optent pour l’engagement de mercenaires étrangers.
- L’autre raison est sociale : les autorités cherchent à contrôler les éléments jugés indésirables et/ou potentiellement dangereux de la population française de l’époque (meurtriers, criminels de droit commun, évadés, mendiants, mercenaires désœuvrés, exilés politiques et immigrés sans le sou), et pourquoi pas en les employant de manière utile.
Dès sa création, la Légion rassemble différents corps étrangers de l’armée française, parmi lesquels des soldats suisses. Sur les sept bataillons formés en 1831, trois sont composés notamment d’Helvètes. Rappelons que la France (comme d’autres états) utilise depuis plusieurs siècles déjà des mercenaires suisses, réputés pour leur professionnalisme, leur bravoure et leur loyauté.
Un Suisse pour premier commandant
Cette nouvelle troupe est alors destinée à combattre hors du territoire continental du royaume de France (mais elle interviendra plus tard sur le sol de l’Hexagone, dès la guerre franco-allemande de 1870-1871). La première occasion sera donc l’Algérie. En 1831, cinq bataillons de légionnaires étrangers sont dépêchés sur place. Trois d’entre eux sont notamment composés de Suisses. C’est aussi un Suisse qui dirige l’expédition ; Christophe Antoine Jacques Stoeffel. Cet ancien officier de l’armée napoléonienne est considéré comme le premier commandant de la Légion étrangère.
La conquête de l’Algérie est le baptême du feu de la Légion étrangère. C’est aussi là qu’elle enregistre ses premières gloires, une trentaine d’années avant la bataille mythique de Camerone au Mexique.
Environ 40 000 engagés suisses
Par la suite, de nombreux autres Suisses rejoindront la Légion étrangère et combattront pour la France dans plusieurs guerres et sur différents continents, légalement ou non.
Au total, selon diverses sources, dont les Archives fédérales suisses, on estime qu’environ 40 000 Suisses ont servi dans la Légion étrangère depuis sa création il y a bientôt deux cents ans. Rien que pour les guerres d’Indochine (1946-1954) et d’Algérie (1954-1962), l’historien alémanique Peter Huber estime, entre 7 000 et 8 000 le nombre d’engagés helvètes dans la Légion (surtout des Alémaniques). À noter, sur cette même période, le documentaire du cinéaste neuchâtelois Daniel Künzi, « C’était la guerre », qui traite des légionnaires suisses lors de ces deux conflits coloniaux.
Comme bien d’autres étrangers qui ont rejoint la Légion, les engagés suisses ont, selon les cas, cherché à fuir la misère, à échapper à des poursuites judiciaires, voire à se battre pour la France par francophilie, ou, tout simplement, ont aspiré à l’aventure et à « voir du pays ». Certains d’entre eux ont ainsi trouvé dans la Légion un refuge, un foyer, une famille, un emploi, un sens à leur vie.
Combien de Suisses figurent aujourd’hui dans les rangs de la Légion étrangère ? Impossible à savoir d’autant que leur engagement y est interdit par le Code pénal militaire suisse depuis 1927. Sur le site internet officiel de la Légion, on peut lire que cette unité compte plus de 9000 hommes (les femmes n’y sont pas admises), soit 11% des effectifs totaux de l’armée de terre, qui sont issus de 140 nationalités différentes. Sans plus de détails. Rompez, vous n’en saurez pas plus !
Ces Suisses célèbres de la Légion
La Légion étrangère a compté dans ses rangs plusieurs Suisses célèbres. Parmi eux, un homme politique, le Bernois Ulrich Ochsenbein, l’un des sept premiers membres du Conseil fédéral et l’un des initiateurs de la Constitution fédérale de 1848. Après avoir perdu sa réélection en 1854, il rejoignit la Légion, où il grimpa jusqu’au grade de général de division.
Y servirent aussi des intellectuels, comme le dramaturge genevois Michel Viala, l’écrivain neuchâtelois Blaise Cendrars ou encore l’écrivain austro-suisse Friedrich Glauser.
Les couleurs de la Légion sont d’origine suisse
Ajoutons que c’est aussi aux Suisses que la Légion étrangère doit ses couleurs officielles vert et rouge. Le vert était à l’origine celui de la vareuse et la garance celle du pantalon que portaient les soldats helvètes de la 2 Légion étrangère, surnommée « légion suisse », levée en 1855 par Napoléon III pour aller combattre en Crimée. Son existence sera éphémère puisqu’elle sera transformée, un an plus tard seulement, en 1 régiment étranger, qu’on continuera d’appeler « régiment suisse » jusqu’en 1859.
Les Suisses sont cités dans l’hymne de la Légion
L’empreinte des Suisses dans la Légion étrangère se retrouve jusque dans le « Boudin », le célèbre hymne de ce corps d’armée. La musique du « Boudin » est signée vers 1850 par l’ingénieur Wilhem, avec des arrangements de Dussenty, chef de musique du 1 régiment étranger. Mais on ignore l’identité de l’auteur des paroles, indique le site internet du magazine français « Historia ».
Les paroles, justement. Elles commencent par le célèbre : « Tiens, voilà du boudin », répété trois fois. Mais le « boudin » dont il s’agit n’est pas la spécialité charcutière à laquelle on pense spontanément. Il s’agit en fait de la toile de tente pliée de manière serrée, dont la forme évoque cette préparation culinaire. Par extension, le « boudin » désigne le paquetage du légionnaire dans son intégralité. Le refrain du « Boudin » fait référence aux engagés suisses : « Pour les Alsaciens, les Suisses et les Lorrains ». La suite parle des Belges en des termes peu flatteurs : « Pour les Belges, y en a plus, pour les Belges, y en a plus, ce sont des tireurs au cul », répété deux fois.
Pourquoi les Suisses et les Belges sont-ils cités dans le « Boudin » ?
Pour comprendre, il faut se replacer dans le contexte de la guerre franco-allemande de 1870-1871, explique la radio française Europe 1. Lorsque le conflit éclate, le roi des Belges Léopold II fait rappeler au pays tous ses ressortissants qui se sont engagés dans la Légion étrangère. Car le jeune État belge, créé en 1830, est un pays neutre, comme la Suisse. Les légionnaires belges doivent donc restituer leur paquetage (leur « boudin »), sous les railleries de leurs désormais ex-camarades.
En 1871, la Légion suspend les engagements volontaires d’étrangers. Elle n’autorise plus que l’incorporation des Suisses, mais aussi des Alsaciens et des Lorrains. L’Alsace et la Lorraine ayant été perdues par la France au profit de l’Allemagne, de nombreux jeunes issus de ces deux régions s’enrôlent dans la Légion pour ne pas devenir Allemands et éviter de faire leur service militaire côté « boche ».
La Légion sur tous les fronts.
Depuis le premier tiers du XIX siècle, les légionnaires ont servi dans des dizaines de guerres et d’opérations militaires, où leurs actions étaient souvent remarquées : Algérie (guerres de conquête et d’indépendance), guerre franco-prussienne de 1870-1871, Première et Deuxième Guerres mondiales, Indochine, guerre du Golfe, ex-Yougoslavie, Rwanda, Afghanistan et Mali, notamment. En France, ses garnisons sont réparties dans une douzaine de localités en métropole (continent et Corse) et en outre-Mer.
Source « La semaine vaudoise » Fabrice Breithaupt.
Merci à notre ami Suisse, Dominique