Elle vit la plume.

À l’heure des premières figues, tout le monde s’en allait sur les places publiques, dire son amour pour le pays intérieur.

Vas-y, vas y ! Vas y ! Criaient les jeunes gens sous le soleil bien lourd. Mais aller où ?

Dernièrement, un singe plébiscita les forces de l’ordre juste pour faire mumuse. Alors, de là à lui demander une main, un secours, un peu d’aide. Il n’y avait qu’un pas. Un pas de fourmis.

Une plume tomba du ciel.

Les jeunes gens ne virent rien, occupé à crier va y, vas y, mais une femme parmi eux conquérait, le front plissé, les hauteurs du monde.

Alors naturellement, elle vit la plume.

Il n’y avait pas d’oiseaux, il n’y avait pas de lune, il n’y avait pas de souffle, il n’y avait plus de poète, il n’y avait pas d’indulgence, il n’y avait pas de calme, il n’y avait pas de flamme, il n’y avait pas de marge intrépide ou faire son beurre… MAIS elle vit la plume.


Arthur Teboul. Recueil : « Le déversoir ». Éd. Seghers


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