Le monde est au bout de l’horizon
toujours prêt à fuir le regard
ou les mains qui se tendent
avides de se sentir vivantes sur un objet,
avides d’écarter la nuit qui tombe avec la mort.
La vie n’est pas en moi, elle est dans ce visage près de mon visage,
elle est dans ces yeux dont mes yeux n’arriveront jamais à retenir la beauté, elle est dans ces lèvres qui me font naître d’un baiser, c’est la seule place chaude sur la terre.
Les murs sont hauts du désespoir qu’ils ont de ne pouvoir un instant arrêter les femmes qui vont vers l’amour comme les forêts vers le matin.
Deux corps nus s’élèvent vers leurs bouches de la même façon que les maisons, le soir,vont chercher la lumière avec leur plus haute fenêtre.
Et quand un homme libère une femme de la lingerie où elle est blottie,
Il se rappelle avec quelle ferveur, il découvrait, enfouie au coeur des herbes, la source où sa bouche faisait descendre tout un été.
Lucien Becker (1912 – 1980). Anthologie de Marcel Béalu. « Poésie érotique ». Éd. Seghers