Ce n’est pas flambant.
Ce doux euphémisme résume bien l’état de la gauche à deux ans d’une présidentielle cruciale pour le pays. Ce n’est pas flambant et c’est loin d’être gagné pour le flanc progressiste du paysage politique français, plus que jamais arrimé à droite et à l’extrême droite.
Alors que le Rassemblement national semble assuré d’être au second tour en 2027, quel que soit son ou sa candidate, et que la droite regorge de prétendants, d’Edouard Philippe à Bruno Retailleau, la gauche se décline toujours en autant de fractures.
Un an après la dissolution de l’Assemblée nationale, qui avait déclenché la dynamique du Nouveau Front populaire et le sursaut du front républicain, elle se prépare au combat de 2027 dans la plus grande incertitude.
Certes, une bonne partie de la gauche a coupé les ponts avec Jean-Luc Mélenchon, désormais considéré comme un repoussoir par une majorité de Français. Mais ce n’est pas la réélection d’un cheveu d’Olivier Faure à la tête d’un Parti socialiste toujours coupé en deux qui apporte une réelle clarification.
Depuis un an, aucun débat de fond n’a permis de trancher les grandes questions du pays. La gauche reste empêtrée dans sa maladie chronique : trop de candidat(e)s, pas assez d’idées claires.
Ce « surplace » a le don de désespérer ses électeurs.
C’est ce qui ressort de l’étude qualitative que « le Nouvel Obs » a menée en partenariat avec l’institut Ipsos et la Fondation Jean-Jaurès et que nous publions cette semaine. À deux ans de l’élection présidentielle, nous avons réuni deux groupes témoins afin de sonder leurs attentes, l’un composé de sympathisants de La France insoumise (LFI) et des Ecologistes, l’autre majoritairement de sympathisants du PS.
Il en résulte une photographie sans doute assez fidèle de la pluralité que représentent ces 30 % de l’électorat français : une vraie convergence de valeurs, humanistes et progressistes ; un constat sombre sur l’état du monde et de la France ; une grande crainte de la victoire de l’extrême droite en 2027 ; et une divergence profonde sur les solutions à apporter, entre radicalité (sympathisants insoumis) et réformisme (PS).
On aurait tort pourtant d’y voir une nouvelle confirmation de la théorie des « gauches irréconciliables ». L’ensemble des sondés aspire à se rallier à une figure de proue susceptible de briser la malédiction de l’élimination de la gauche au premier tour – excepté à celle de Jean-Luc Mélenchon, perçu comme une impasse jusque dans son propre camp.
Mais à laquelle ? Et pour proposer quoi ? La question reste entière alors que la logique présidentialiste de la V République enferme tous les prétendants dans une stérile course de petits chevaux. C’est l’éternel piège dans lequel la gauche tombe tous les cinq ans, vouloir choisir son incarnation avant tout effort programmatique.
A ce jeu, le PS est particulièrement fautif, qui n’a rien produit de substantiel en termes d’idées depuis le quinquennat de François Hollande. Olivier Faure, qui n’a obtenu sa reconduction que de quelques centaines de voix face à son rival Nicolas Mayer-Rossignol, partisan d’une réaffirmation de la ligne sociale-démocrate, a certes clarifié sa position en refusant toute nouvelle alliance avec Mélenchon.
Mais c’est pour appeler à un grand rassemblement de François Ruffin à Raphaël Glucksmann, à ce stade très hypothétique. Comme si le PS avait déjà acté ne devoir être que le grand ordonnateur d’un scrutin qui se jouera sans lui. Comme si, surtout, il avait renoncé à être la force principale de proposition d’un projet de gouvernement pour le pays.
Pourtant, c’est une des lois fondamentales de la politique : pas de victoire possible sans idées structurées, pas d’incarnation crédible sans message articulé. Et pour la gauche, qui a tant déçu son électorat ces vingt dernières années, pas de vraie reconquête sans discours fort à opposer au populisme d’extrême droite. Car pendant que les progressistes tergiversent, les idées de la droite radicale s’enracinent dans le pays, rendant toujours plus inaudible tout message alternatif. Si elle ne veut pas avoir une responsabilité historique dans la potentielle victoire de l’extrême droite en 2027, la gauche sociale et écologiste doit se ressaisir. Et travailler, enfin, à la définition d’un projet crédible pour le pays.
Cécile Prieur. Le Nouvel Obs. N° 3168. 12/06/2025
Oui pour l’instant c’est le temps des coups bas. La gauche devrait rechercher des économistes non utopistes et cultiver la valeur travail.