Israël a attaqué parce que l’Iran était affaibli et pour des raisons de politique intérieure, analyse le politologue Gilles Kepel.
- Le conflit d’Israël avec l’Iran est ancien. Pourquoi attaquer maintenant ?
« C’était le bon moment sur le plan militaire. Le régime iranien n’a pas d’aviation, sauf des vieux appareils russes ; et il n’est pas du tout sûr qu’il ait des stocks de missiles suffisants, alors qu’Israël a des stocks gigantesques. Et le régime ne tient plus qu’à un fil : les réseaux sociaux montrent des gens qui se réjouissent à Téhéran chaque fois qu’un bâtiment militaire est détruit. L’autre facteur, c’est que l’Iran s’est laissé piéger dans la négociation nucléaire avec les États-Unis. Trump avait besoin d’un deal avec l’Iran, après l’échec sur l’Ukraine et la confusion sur les droits de douane. En lui refusant le deal, l’Iran a provoqué son mécontentement, et Netanyahou s’est engouffré dans ce créneau : il a obligé Trump à le soutenir, alors qu’il n’a rien décidé ».
- N’est-ce pas un terrible aveu d’impuissance pour les États-Unis ?
« Oui, et si le monde retient son souffle, c’est parce qu’on assiste à la fin de l’ordre mondial établi en 1945, à l’équilibre de la terreur, puis à ce que (l’ancien ministre Hubert) Védrine appelait l’hyperpuissance américaine. Les incohérences du président américain ouvrent un créneau à tous ceux qui veulent en profiter. Le premier à le faire a été Netanyahou, à un moment où il est en situation très délicate, pour maintenir son gouvernement et éviter de rendre des comptes sur ce qu’il s’est passé le 7 octobre, pourquoi ils n’ont pas vu venir la razzia pogromiste du Hamas. Et aujourd’hui, l’attaque sur Gaza ne sert plus à rien, car le Hamas n’a plus de capacité militaire. Pire, elle devient politiquement néfaste au gouvernement Netanyahou, parce qu’elle retire des soutiens à Israël à travers le monde, et soulève des questions à l’intérieur même de la société israélienne. Alors qu’il n’y aura pas de bateau pour Bandar Abbas (port d’Iran — sur le modèle d’un « bateau pour Gaza »). Ils sont nombreux dans le monde arabe à être contents de l’affaiblissement de l’Iran : le silence des États du golfe, par exemple, est éloquent ».
- Que signifie cette impuissance américaine pour le futur de la région ?
« Elle est extrêmement déstabilisante pour le monde entier. Un missile parcourt aujourd’hui 3500 km en cinq minutes : s’il n’y a plus de système de sécurité international, cela signifie que n’importe quel État voyou situé à moins de 5000 km a la capacité de frapper Paris. Et quand Poutine offre à Trump de « régler cette affaire » ensemble, il manifeste que les États-Unis ne sont plus capables seuls d’assurer la paix, puisque Netanyahou a pu faire ce qu’il voulait. On est dans une déstabilisation globale, un bouleversement du monde dont le 7 octobre a été le déclencheur. »
Propos recueillis par Francis Brochet. Le Dauphiné Libéré. 16/06/2025
Je ne partage pas l’avis de G Keppel: je crois plutôt à un partage des rôles entre Trump et Netanyahu, la preuve en est que Trump annonce ne pas intervenir dans ce conflit, mais sa flotte se concentre dans l’océan indien et ses avions ravitailleurs gros porteurs et bombardiers dans les bases européennes. Netanyahu a bien préparé son intervention, la dernière attaque il y a un an à eu pour but de détruire les défenses aériennes et l’aviation de l’Iran, laissant son ciel libre et dans cette seconde attaque Israël mène une politique de destruction notamment les réserves d’eau. Le régime des ayatollahs tient bien la société en muselière il n’est pas évident que sa défaite militaire signe sa chute.
Comme dit de nombreuses fois l’analyse de Keppel n’engage que lui.
Ces propos postés sur ce blog, n’ont d’autre rôle que l’information plurielle.
Michel