Un contrepoids aux fondamentalistes américains

Il n’a pas fallu vingt-quatre heures aux partisans de Donald Trump pour qualifier le nouveau pape, Léon XIV, de « pape marxiste woke ». Juste le temps d’exhumer quelques tweets dans lesquels le nouveau souverain pontife, alors évêque de Chiclayo, au Pérou, critiquait la politique migratoire de l’administration Trump.

« En élisant l’Américain Robert Francis Prevost comme pape, les cardinaux ont aussi fait le pari d’un contrepoids aux catholiques MAGA (Make America Great Again), qui ont porté Trump au pouvoir. Ces fondamentalistes se pensent plus catholiques que le pape. Cela sent le schisme à plein nez. C’est pour cette raison que l’une des missions de Léon XIV sera de réunifier l’Église catholique américaine en rappelant les fondamentaux qui ne blessent personne », affirme Blandine Chelini-Pont, professeure d’histoire contemporaine et de relations internationales à l’Université d’Aix-Marseille.

Car, précise cette spécialiste de la droite catholique américaine, « l’Église américaine est très puissante ». Selon un recensement de 2020, près de 62 millions d’Américains se disent catholiques, soit 20 % de la population, ce qui en fait la quatrième plus grande communauté catholique au monde.
De plus, cette Église est l’une des plus riches du monde, grâce aux dons des fidèles, et la principale donatrice du denier de Saint-Pierre, une quête pour soutenir l’action caritative du Saint-Siège.

Nombreuses conversions Enfin, « les Américains donnent le ton en termes de débat politique, jusque dans les Églises. Tout ce qui travaille l’Église américaine contamine le reste des Églises dans le monde », insiste Blandine Chelini-Pont. « En cela, le discours d’amour et de paix de Léon XIV juste après son élection était très puissant. La paix du Christ, c’est le fait d’être en paix soi-même, et ensuite de répandre cette paix », analyse l’historienne.
D’autant que de nombreux protestants évangéliques à tendance républicaine se convertissent au catholicisme, afin de bénéficier de son assise théologique davantage tournée vers ce que pourrait être une société chrétienne. « Sur les campus américains, c’est devenu une épidémie », observe Blandine Chelini-Pont.
Le vice-président J.D. Vance, lui-même converti depuis 2019, justifie la politique migratoire de Donald Trump par sa propre interprétation de l’ordo amoris, concept d’ordre chrétien dans la charité initialement développé par Saint-Augustin, théologien des IVe et Ve siècles et l’un des pères fondateurs de l’Église.
Déjà contredit par le pape François et l’archevêque Robert Francis Prevost, il devra affûter ses arguments contre Léon XIV, membre de l’ordre de Saint-Augustin et ancien prieur de son ordre.


Charlotte Marat. Le Dauphiné 10/05/2025


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