La fast fashion…

… pousse à des extrêmes : on achète, on porte une fois et on jette.

Certaines marques mettent en ligne des milliers de nouveautés par jour !
Or, percevoir les choses comme nouvelle nécessite un certain ordonnancement du temps. Là, on arrive à une limite où il est difficile de distinguer le nouveau modèle de celui qui le précède de quelques minutes ou de quelques heures.

Dans cette circulation des objets qui donnent le tournis, l’ultime étape, c’est le déchet.
Or, le surinvestissement autour du moment de l’appropriation première de l’objet a pour conséquence que dès l’instant d’après l’objet ne peut connaître autre chose que la déchéance, un éloignement fatal du premier moment de grâce.
C’est tragique : acquérir, acheter, déballer sont des expériences fugaces, frustrantes où l’on expérimente la fin de son plaisir en même temps que le début. Il est impossible de jouir durablement de quelque chose qui n’a de valeur que pour l’instant.
Dès lors on ne peut qu’échouer et recommencer, on entre dans les dynamiques du renouvellement puisque ce n’est jamais satisfaisant. D’autant sans remords que la gestion actuelle des déchets est invisible, jeter, on ne sait pas où l’objet va, contribuant à décomplexer la consommation.

La réponse au consumérisme doit être collective et politique en ciblant les entreprises : d’une part, réglementer certaines formes de production et de commerce, avec des interdictions, d’autre part réguler le secteur publicitaire.

La publicité est une énorme industrie qui produit trop de support et diffuse des discours néfastes. Il faut en limiter le flot et le contenu. Car la caractéristique de la publicité est que nous y sommes exposés sans l’avoir demandé.
C’est ce qui la distingue de l’information commerciale : si on veut se renseigner sur un produit, on cherche sur Internet, on va parler un vendeur en magasin, on discute autour de soi.
La publicité, elle, s’impose à nous avec des chocs visuels (par exemple des écrans lumineux ou des corps féminins). C’est une prédation de l’attention.
Si vous sollicitez un technicien pour vous informer sur un produit, il n’y aura pas de flash lumineux qui s’animeront, ni de filles en maillot qui vont se mettre à danser soudain autour du produit. Les informations commerciales sollicitées sont utiles la publicité non sollicitée de l’est pas il faut s’en débarrasser


Court extrait d’un entretien avec le philosophe Jeanne Guien.
Propos recueillis par Éric Aeschiman. Le Nouvel Obs. N° 3163. 08/05/2025


2 réflexions sur “La fast fashion…

  1. bernarddominik 20/05/2025 / 12h39

    Sur les vêtements Shein et Temu les coutures sont bâclées et le tissus n’est pas bordé pour l’empêcher de s’effilocher. C’est pas cher mais la qualité n’ y est pas

  2. raannemari 20/05/2025 / 18h45

    Con-sommation !

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