Comme chaque année depuis une décennie, les dépenses militaires planétaires ont encore augmenté en 2024, et pas qu’un peu. On en déduit qu’on ne va pas vers le beau.
Établis avec rigueur par le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les chiffres ont de quoi donner le tournis : en 2024, l’espèce Homo soi-disant sapiens a englouti, tous pays confondus, la somme de 2718 milliards de dollars dans les différents procédés destinés à s’entretuer de façon professionnelle.
La dépense militaire mondiale a ainsi bondi de 9,4% par rapport à l’année précédente (où les montants étaient déjà effarants, comme les années d’avant). Cette hausse de 9,4% est la plus importante jamais constatée depuis la fin de la guerre froide au moins.
Si toutes les régions du globe y contribuent plus ou moins, les États de loin les plus dépensiers en joujoux guerriers sont, dans l’ordre, les États-Unis, la Chine, la Russie, l’Allemagne et l’Inde. Avec 1635 milliards de dollars au total, ces cinq-là représentent 60% des emplettes d’armement mondiales.
L’art du carnage
En termes d’augmentation pure, c’est Israël qui remporte la palme, haut la main : de 2023 à 2024, le charmant régime de Netanyahou a investi 65% de plus dans l’art du carnage. Diable : perpétrer un génocide à Gaza et bombarder le Liban, ce n’est pas donné ! La Russie du sympathique Poutine, quant à elle, a gonflé son budget militaire de 38% pour atteindre 149 milliards de dollars en 2024, histoire de mieux pilonner l’Ukraine. Laquelle n’a pu dépenser que 2,9% de plus pour essayer de résister tant bien que mal.
Et encore, 2024, c’était le bon temps : comme désormais la Maison-Blanche est occupée par un guignol pathétique qui sème le chaos et piétine les alliances, tout le monde est poussé à s’armer fissa et sans lésiner. On peut donc, chic alors, pronostiquer de nouveaux records en l’an 2025 (on ignore en revanche si les 110000 boites de ravioli que la vaillante armée suisse cherche à acquérir seront décomptées dans le bilan).
Une débauche exponentielle
Quoi qu’il en soit, comme le relève le SIPRI, cette débauche exponentielle n’est pas sans effets secondaires sur les conditions d’existence des Terriens : le poids toujours plus considérable des budgets dévolus aux armées et à leur équipement force les gouvernements à des choix comptables, au détriment de l’entraide internationale, de la protection de la nature, des programmes sociaux, du soutien à la culture. C’est dire si le progrès de la civilisation est en marche.
Au-delà des chiffres et des considérations géostratégiques, force est tout de même de constater que l’engeance humaine est décidément saugrenue : s’il s’agit à l’évidence d’une espèce nuisible pour la biosphère et le climat, il appert que par-dessus le marché, elle est dévastatrice pour elle-même. Les autres espèces vivantes, pas si bêtes, ne sont pas dévorées par la passion de s’entre-massacrer à tout prix. Le primate Homo sapiens, si. Et si c’était pour en arriver là qu’il est devenu bipède et qu’il a développé un gros cerveau, ce n’était pas la peine, franchement.
Données brutes
Revenons aux données brutes publiées par le SIPRI. Le singe humain compte aujourd’hui 8,2 milliards de spécimens inégalement éparpillés sur la planète et ses dirigeants (des mâles dominants dans l’écrasante majorité des cas) croient bon de dépenser en une seule année 2700 milliards de dollars aux fins exaltantes d’extermination mutuelle.
Au terme de longs et savants calculs, on conclut que pour chaque individu humain sur Terre, y compris le dernier nouveau-né du Bangladesh, 329 dollars sont consacrés à la destruction et au meurtre entre congénères. Il vaut mieux ne pas trop réfléchir à ce qui pourrait être accompli de plus sensé, de plus constructif et de plus bénéfique avec 329 dollars par personne en vie sur la planète.
En résumé, les choses semblent assez mal barrées : le recul historique indiquant que la surenchère militaire a fâcheusement tendance à finir tôt ou tard en vaste boucherie guerrière, il serait judicieux que les mâles dominants férus de puissance armée marquent une petite pause dans la rodomontade et l’escalade. Qu’ils cessent de se tambouriner le torse et cogitent un peu pour voir s’il y aurait moyen d’être raisonnables. Mais malheureusement, ce n’est pas trop leur genre.
Laurent Flutsch. Vigousse (Suisse). 02/05/2025