Ces trumpistes qui voulaient « tripoter » le conclave.

Un conglomérat de riches cathos conservateurs en œuvre…

Mercredi 4 septembre 2019. Dans l’avion qui le trimballe au Mozambique, le pape François, pas encore mort mais pas vraiment en forme, se gausse. « C’est un honneur pour moi que les Américains m’attaquent », lâche-t-il soudainement devant un parterre ahuri de journalistes internationaux. Une petite phrase, peu commune chez le souverain pontife, qui lui permet de relâcher la tension accumulée par de longs mois de franche hostilité amerloque.

À peine un an auparavant, un coup bas avait bien tenté de le laisser sur le carreau romain : un archevêque qui avait fait ses classes aux États-Unis, Carlo Maria Viganô, lui avait reproché dans une lettre ouverte d’avoir protégé un cardinal accusé de violences sexuelles. Drame. Mais le pape François ne flanchera pas et ne démissionnera pas.
De l’autre côté de l’Atlantique, on enrage. Et on enrage tellement contre cette saleté de pape promigrants et procharité à la manque que l’on décide de s’organiser pour le faire tomber du balcon de la place Saint-Pierre.

C’est ainsi que naît la Better Church Governance, un conglomérat de riches catholiques américains ultraconservateurs. Leur mission ? « Rendre compte des abus et de la corruption dans l’Église catholique, soutenir l’honnêteté, la clarté et la fidélité dans la gouvernance de l’Église », lit-on dans leur fiche de présentation. Plutôt sympa, au premier abord… Mais n’allez pas croire pour autant que ces anonymes réacs et pleins aux as ont la transparence et la recherche de la vérité chevillées au corps.

Ce qu’ils veulent, eux, n’est ni plus ni moins qu’un pape facilement manipulable, bien tradi et, cela va sans dire, intransigeant sur les questions sociétales. Et si la lutte contre les abus sexuels les intéresse autant, ce n’est pas par empathie pour les victimes ni pour mettre fin à des décennies d’omerta du système de dissimulation des agresseurs : elle leur sert uniquement à éliminer les cardinaux qui ne leur plaisent pas.

Sous le nom de code Red Hat Report, en référence à la toque rouge reçue par le finaliste du conclave, les défenseurs réacs de la probité ont donc lancé, depuis 2018, une vaste enquête internationale. Épaulés par une dizaine d’enquêteurs recrutés sur le tas, comprenant des journalistes, des avocats et des anciens du FBI, les comploteurs promettent d’agir en aidants, pas en ennemis ».

Ont-ils réussi à manipuler le conclave en faisant asseoir au Saint-Siège un pape américain ? Difficile de le savoir, les voies de la chapelle Sixtine étant impénétrables. Reste que, selon Nicolas Senèze, auteur de Comment l’Amérique veut changer de pape (éd. Bayard), son élection est une aubaine.

Dans son livre, il raconté ainsi la montée en puissance des fidèles et de leur organisation face à une Église américaine minée, depuis les années 2000, par une litanie de scandales sexuels. Appelés à la rescousse par cette dernière, ils en auraient profité pour appuyer leurs idéaux, au point de donner au clergé la marche à suivre. En arrière, évidemment.


Lorraine Redaud. Chralie Hebdo. 14/05/2025


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