Drogue – actualité

« On ne peut pas régler la question du narcotrafic par le seul prisme de la répression », Jérémy Bacchi, sénateur.

  • La loi contre le narcotrafic adoptée le 29 avril dernier est-elle à la hauteur de l’enjeu ?

En partie. Des avancées législatives et judiciaires ont été réalisées pour répondre à la réalité du narcotrafic, mais des efforts supplémentaires sont nécessaires. Au cours des quinze dernières années, le narcotrafic a connu une mutation et une internationalisation entraînant une augmentation significative de la consommation et de l’offre de stupéfiants, notamment de cocaïne, sur le territoire français.

Une adaptation de l’appareil législatif et judiciaire s’imposait pour faire face à cette évolution. La création d’un parquet national dédié au narcotrafic fait partie de ces avancées au même titre que la prise de conscience que ce problème est national, et pas simplement local. Aujourd’hui, plus aucune ville ou même village n’est épargné.

  • Quels sont selon vous les angles morts qui persistent ?

Il y a d’abord la question cruciale des moyens. Nous venons d’adopter une loi qui fait de la lutte contre le narcotrafic une priorité nationale et dans le même temps, le gouvernement nous annonce un budget sous le signe de l’austérité. C’est incompréhensible ! À titre d’exemple, le nombre de douaniers par habitant en France est deux fois inférieur à celui de l’Allemagne…

Leur rôle est pourtant essentiel pour empêcher l’entrée en France des produits stupéfiants. Il est donc impératif que cette loi ne se réduise pas à une mesure symbolique dénuée de moyens concrets. Par ailleurs, l’aspect de santé publique, qui n’était pas l’objet de cette loi, est crucial face à l’explosion de la consommation de drogue.

On ne peut pas régler cette question du narcotrafic par le seul prisme de la répression. Il y a aussi un volet de diplomatie internationale évident à prendre en compte. C’est même central. Le royaume du Maroc est le principal producteur de cannabis destiné au marché français.

  • Il y a aussi la question de la corruption…

Sur ce sujet, une analyse nuancée s’impose. Si ce phénomène existe, la majorité des individus impliqués agissent sous la contrainte, notamment par peur des représailles contre eux ou leur famille. L’enjeu fondamental est donc la question de la protection des agents face à la violence des narcotrafiquants.

Plutôt que de se dire que ces personnes sont par essence à soupçonner, il faut au contraire se dire que par essence elles sont à protéger. Si nous ne le faisons pas, nous les poussons dans les bras des narcotrafiquants.

  • La France peut-elle sortir du « piège du narcotrafic » ?

L’exemple italien, où l’implication citoyenne a joué un rôle déterminant dans la lutte contre la mafia, parfois au prix de lourds sacrifices, montre la voie à suivre. Une mobilisation citoyenne, couplée à une prise de conscience collective, est indispensable.

Cependant, la résorption du narcotrafic ne peut être envisagée sans une politique sociale, économique et industrielle ambitieuse pour offrir des perspectives aux jeunes susceptibles de tomber dans les filets des réseaux.


Bruno Rieth   Source


2 réflexions sur “Drogue – actualité

  1. Walter PASCOLI 21/05/2025 / 3h09

    Effectivement, « On ne peut pas régler la question du narcotrafic par le seul prisme de la répression » ! Jérémy Bacchi, sénateur, a tout à fait raison !

    Mais en fait, si on regarde le résultat des 40 dernières années en matière de lutte contre le trafic de drogues, on s’aperçoit que le narcotrafic n’a été réglé d’aucune manière puisqu’il est en constante augmentation !

    Cette intervention du sénateur Jérémy Bacchi ne nous apprend donc rien …

  2. marie des vignes 21/05/2025 / 9h13

    Bonjour Michel, s’il n’y avait pas de consommateurs , il n’y aurait pas de dealers, logique non? bonne journée Amicalement MTH

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