Des nouvelles de l’Enseignement catholique…

Le SGEC n’est pas grand, mais il est puissant. Voilà comment on pourrait résumer le Secrétariat général de l’enseignement catholique, une instance non officielle qui murmure, pour ne pas dire ordonne, à l’oreille du ministre de l’Éducation nationale.

Le 2 avril dernier, Philippe Delorme, son secrétaire, était entendu par la commission d’enquête parlementaire sur « les modalités du contrôle par l’État et de la prévention des violences dans les établissements scolaires », mise en place à la suite de l’affaire Bétharram.
Et s’est livré à un beau jeu de dupes.

Au plus fort de la tempête, il y a ceux qui se cabrent et ceux qui font volte-face.

  • D’un côté, François Bayrou, lors de son audition par la commission d’enquête parlementaire sur les violences dans les établissements scolaires, mercredi 14 mai. Cinq heures et demie durant, le Premier ministre, cramoisi, a nié, rouspété, s’est embourbé et a même osé s’énerver : tout pour faire oublier sa responsabilité dans l’omerta autour de l’établissement Notre-Dame de Bétharram.
  • De l’autre, Philippe Delorme, cheveux blancs et diction balbutiante, mais aussi secrétaire général de l’enseignement catholique, qui, le 2 avril, lors de son passage devant la même commission, a opté pour la seconde posture.

Deux attitudes différentes pour un même ennemi commun : Paul Vannier, député LFI et corapporteur de ladite commission.

Et si Bayrou accuse le parlementaire de « malhonnêteté » pour se dédouaner, Delorme, lui, n’a pu en faire autant. Lorsqu’il a été interrogé sur les contrôles dans les établissements privés, le député lui a brandi son joker sous le nez : un courrier daté du 29 novembre 2024 adressé au ministère de l’Éducation nationale et signé par Philippe Delorme lui-même.
Le père de cinq enfants y donne ses avis détaillés concernant le futur guide de contrôle que la direction des affaires financières (DAF), qui s’occupe du privé, s’apprête à mettre en place.
Qualifié de « manuel de l’inquisiteur » favorisant un « système de délation », le guide est l’objet de pas moins de 28 annotations de sa main.

Parmi elles, deux témoignent du conservatisme du bonhomme : Delorme réclame la suppression de la fiche 5, relative au contrôle de la vie scolaire (le comportement, les retards, etc., des élèves) et de l’établissement, et de la fiche 8, qui, elle, porte sur le respect du cadre du contrat d’association.
« La fiche 5 conduit notamment les inspecteurs à s’assurer de l’affichage obligatoire de la devise républicaine dans les écoles et de l’affichage du numéro de téléphone 119, mis en place pour alerter sur des violences sexuelles. Pourquoi avoir voulu faire disparaître ces deux fiches ? » l’interroge Paul Vannier.

En face, on bafouille, on rame. Et on finit par lâcher : « On n’écrirait pas les choses de la même façon aujourd’hui. » Temps estimé entre le courrier qui exige et l’audition qui transforme miraculeusement ? Six mois à peine. Et voilà que Delorme effectue le même revirement concernant le programme d’éducation à la sexualité. Alors qu’il s’y opposait encore en novembre, il assure soudainement qu’il sera « bien mis en oeuvre ».

Le fusible des évêques

Mais alors, de quel droit le secrétaire général du SGEC, instance n’ayant aucune fonction officielle au sein de l’Éducation nationale, se permet-il d’édicter ses desiderata au ministère ? « Cela fait des années que l’on dit que le SGEC est le ministère bis de l’Éducation nationale, peste Pascale Picol, professeure de lettres dans un lycée breton et militante à la CGT-Enseignement privé.
À l’époque où Jean-Michel Blanquer était Rue de Grenelle, les choses se passaient directement entre lui et Delorme, sans nous ! Alors que nous, contrairement au SGEC, nous sommes des salariés de l’Éducation nationale ».
Un secrétariat – en réalité rien d’autre qu’une interface entre les évêques et l’État pour imposer la loi des premiers – qui a pris, selon elle, un tournant depuis l’élection de Delorme. « Avec ses prédécesseurs, il y avait quand même des interactions, des envies d’échanger. Delorme ? On n’a jamais aussi peu vu un secrétaire général. Ce n’est pas normal. »

Sollicité par Charlie, l’homme, visiblement très occupé, n’a pas souhaité nous répondre : il n’a pas le temps, il est en mission… « Les établissements privés sous contrat sont le dernier lien entre l’Église et la société française. Nous sommes un pays profondément déchristianisé, contrairement au reste de l’Europe. Le but du SGEC, ce n’est rien d’autre que l’expansion », explique François Jarraud, ancien rédacteur en chef du Café pédagogique, un site d’information sur l’éducation.
Une expansion qu’il distille à demi-mot dans ses discours, selon ce dernier. « Il y a quelques années, le SGEC misait tout sur le thème de la solidarité, afin de s’installer dans les quartiers populaires et essayer d’y drainer les CSP+. Un moyen pour eux d’essayer de faire sauter la barre des 20 % [un compromis relatif à la loi Debré établissant les relations entre l’État et les établissements d’enseignement privé selon lequel ces derniers ne peuvent toucher plus de 20 % du budget total de l’Éducation nationale, ndlr]. De toute façon, dans l’enseignement privé catho, la seule question qui vaille, c’est le financement », poursuit-il.

Les offrandes de l’État, d’accord, mais pas à n’importe quel prix. Si Philippe Delorme a eu beau jeu de faire volte-face devant les caméras, début avril, il sait pour autant pertinemment que la loi Debré empêche ces fouineurs d’inspecteurs de venir mettre leur nez partout.
« L’autorité de l’État ne s’applique que sur les heures d’enseignement, rappelle François Jarraud. Si Delorme veut bloquer le contrôle sur la vie scolaire, il en a tout à fait le droit. »
Des exceptions qui arrangent bien le SGEC, car elles rendent, de fait, les contrôles moins complets. Et l’omerta dans les écoles privées cathos peut tranquillement perdurer… Jusqu’à une évolution de la loi Debré ?
Encore faudrait-il une volonté de l’État.
Pour l’heure, le SGEC n’a pas choisi de renouveler le mandat de Delorme, en poste depuis 2019. À la place, les évêques lui ont préféré Guillaume Prévost, 42 ans, énarque, sous-marinier pendant huit ans, mais surtout ancien employé… du ministère de l’Éducation nationale.
Exit le « catho tradi », place au « plus moderne qui connaît du monde », selon Pascale Picol, qui en soupire d’avance : « Ça risque de nous poser des problèmes. Déjà qu’on n’arrête pas de répéter que le SGEC n’a rien à faire là… »


Lorraine Redaud. Charlie Hebdo. 21/05/2025. Source


4 réflexions sur “Des nouvelles de l’Enseignement catholique…

  1. dixvinsblog 24/05/2025 / 8h52

    dommage quoi ne puis pas rebloguer sinon fort intéressant donc je prends une partie de l’article pour le mettre sur mon article : les blog ami qui présente le votre

    • Libres jugements 24/05/2025 / 9h56

      Bonjour, merci pour ce commentaire.
      Il fut un temps où effectivement, je reprenais l’intégralité des articles que je sélectionnais dans le canard, notamment…
      J’ai reçu plusieurs lettres comminatoires d’huissiers au nom du copyright.
      Étant dans le viseur de certains éditeurs, j’ai effectivement, après cette mise en demeure, demandé que ne soit pas « reblogué », les sélections d’articles présents sur ce blog.
      Ce qui m’a obligé à faire un travail de recherche complexe, en partant d’articles lus de rechercher d’autres informations similaires de provenances diverses.
      D’où la phrase : « Le travail sélectif, le temps consacré à la mise en page des articles que nous « postons », ne mérite pas copie. Raisons pour lesquelles vous ne trouverez pas la possibilité de « Rebloguer » les articles ».
      Il m’est Toutefois impossible, ni moralement ni techniquement, d’interdire de rebloguer un de mes articles. Je demande juste que soit spécifié la source notamment celle que j’indique toujours en pied d’article.
      Avec toute mon amitié.
      Michel

  2. rblaplume 24/05/2025 / 9h53

    Excellent article.
    Il est bon de connaître les arcanes de ce ministère aux multiples facettes.
    RBLAPLUME

  3. raannemari 24/05/2025 / 15h40

    « Nous sommes un pays profondément déchristianisé, contrairement au reste de l’Europe. Le but du SGEC, ce n’est rien d’autre que l’expansion »,  »
    Comment, vite un rapport sur « l’entrisme des Frères catholiques ». 😉

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