… les anti Trump manifestent de plus en plus souvent et de plus en plus nombreux contre la politique menée.
Sur sa pelouse tondue, Mary Ann a hissé fin février un drapeau américain à l’envers, symbolisant un SOS. Quelques semaines après, elle a ajouté un petit panneau en lettres blanches : « March, Protest, Strike, Vote ». Elle a ensuite invité les membres de son quartier à manifester le 19 avril 2025. Cette retraitée de banlieue de Washington représente le réveil de la résistance contre Trump. Aujourd’hui, Mary Ann est l’une des milliers de citoyens du collectif Indivisible, qui s’oppose au nouveau président.
La mobilisation a commencé le 4 février 2025 devant le Trésor pour protester contre le boycott des voitures Tesla, associées à Donald Trump. L’idée de tenir des assemblées publiques avec des chaises vides pour représenter les élus républicains absents a été lancée. La première grande manifestation nationale a eu lieu le 5 avril, soutenue par un jeune couple, Ezra Levin et Leah Greenberg, âgés d’une quarantaine d’années. Ezra, expert en lutte contre la pauvreté et ancien assistant d’un élu démocrate du Texas, et Leah, spécialiste de la traite des humains, ont aussi œuvré pour un candidat au poste de gouverneur en Virginie. Ils sont bien connus aux États-Unis, figurant dans des listes de personnalités influentes comme celles de Politico, GQ et Time Magazine.
Immense peur collective
Le 5 avril 2025, Ezra Levin se tient sur l’estrade face au Washington Monument. Il a beaucoup à dire. Ce jour-là, 1300 manifestations se déroulent à travers le pays, rassemblant des milliers de personnes. Elles s’opposent aux violations de l’État de droit, aux licenciements, aux coupes budgétaires, aux expulsions arbitraires, aux attaques sur la science et aux menaces sur les aides sociales. « La peur est contagieuse. Mais le courage aussi ! s’écrie-t-il. Personne ne viendra nous sauver. Les luttes contre les autoritarismes montrent que le succès vient d’une opposition forte, unie et persévérante. »
La résistance à Trump a été longtemps insuffisante, dominée par la peur et l’alignement du Congrès, avec quelques mouvements comme Indivisible et MoveOn qui s’opposent à son agenda. Des groupes locaux s’inspirent de mouvements passés et utilisent des manifestations et des actions ciblées pour faire pression sur les élus. Don Beyer, lors d’un townhall à Arlington, fait face à des questions sur des sujets sensibles comme la coopération de la police avec les services d’immigration, tout en soulignant l’importance de la résistance pacifique tout en reconnaissant ses limites en tant que membre minoritaire au Congrès.
« Activistes visionnaires »
Les républicains rechignent face aux actions des démocrates, qui ne montrent pas non plus un soutien unanime pour les militants activistes. Jamie Raskin les soutient, tandis que Hakeem Jeffries exprime sa frustration. Les militants critiquent la lenteur et le manque d’imagination des démocrates face à l’urgence des enjeux contemporains. L’impatience croît après un appel de Chuck Schumer à collaborer avec Trump en 2017, ce qui avait suscité une réaction populaire. Aujourd’hui, des figures comme Chris Van Hollen et Cory Booker s’engagent activement en soutien aux militants, avec plusieurs élus Joignant leurs efforts.
Harvard a fini aussi par entrer en résistance, des universités ont signé un « pacte de défense mutuelle » au cas où l’administration américaine ciblerait l’une d’elles, et cinq cents cabinets d’avocats ont demandé à un juge de bloquer les décrets menaçants, en leur sein, les opposants à Trump. A en croire les travaux de l’historienne Erica Chenoweth, il faut une masse critique de 3,5 % de la population (12 millions d’Américains) engagée dans une mobilisation active et soutenue pour garantir un véritable changement politique. Comment y arriver ?« Cela nécessite que Trump devienne suffisamment impopulaire », avance l’historienne Lara Putnam. On n’y est pas encore, mais l’opinion est de plus en plus défavorable à son action. Même sa politique migratoire ne recueillait plus que 45 % d’approbation le 23 avril contre 5o % deux semaines plus tôt.
Rallier les classes populaires
Les deux chercheuses suggèrent que la pression économique est essentielle pour élargir le mouvement, en se référant à des exemples historiques de non-coopération économique qui ont favorisé des avancées démocratiques. Elles évoquent plusieurs mouvements, comme le boycott de l’Afrique du Sud, et citent des initiatives contemporaines de mobilisation citoyenne, telles que le boycott de Tesla, la « journée sans immigrants », et la « journée sans achat », afin de souligner leur impact sur l’économie.
Bernie Sanders, en menant sa tournée Fighting Oligarchy depuis le 21 février, a su rallier les classes populaires contre Trump, devenant ainsi un symbole de l’opposition. À une réunion le 2 mai en Pennsylvanie, il a attiré une foule diversifiée, représentant une Amérique en colère similaire à celle de Trump, illustrée par des figures emblématiques comme Stacy Redding, qui exprime son mécontentement avec des slogans à haute voix.
Synthèse d’un très long et documenté article signé Sarah Halifa-Legrand.
Le Nouvel Obs. N° 3165. 22/05/2025