Notre-Dame de Bétharram prend l’eau.
L’établissement, long paquebot blanc, pourtant solidement fixé le long du gave de Pau, semble désormais couler sous le poids des violences et du déni. L’institution catholique privée sous contrat — aujourd’hui collège Beau-Rameau — se fissure de plus en plus à chaque page du Silence de Bétharram (1). Alain Esquerre s’y fait le porte-parole des « enfants fantômes » du lieu, ceux qui jusqu’ici étaient coincés « dans une extrême solitude ».
L’homme de 53 ans a été collégien externe de 1981 à 1986 dans ce « goulag des Pyrénées ». À vingt kilomètres de Lourdes, dans le verdoyant Béarn, pendant des décennies, des enfants y ont subi des sévices de toute nature, commis par une trentaine d’adultes, prêtres et laïcs, surveillants, enseignants et directeurs.
Page après page, une litanie d’humiliations, de coups, d’attouchements et de viols. Et son inéluctable corollaire, un chapelet de honte et de souffrance pour les victimes. Page après page, l’étalage de la banalisation des violences, d’alertes manquées et de paroles ensevelies.
Certains livres sont des déflagrations — ceux de Camille Kouchner (La familia grande), de Vanessa Springora (Le Consentement), de Victor Castanet (Les Fossoyeurs) — et celui-ci pourrait, lui aussi, provoquer une prise de conscience. Esquerre est en mission quasi sacerdotale pour susciter une réflexion sur le déni collectif qui entoure Bétharram.
Hélène Perlant, fille aînée de François Bayrou, partage cette volonté et raconte pour la première fois avoir, elle aussi, été victime de la congrégation, rouée de coups par un abbé et témoin silencieuse des violences subies par d’autres. « Ce livre est un rameau tendu à tous ceux qui voudront bien le saisir », écrit Esquerre. Aux politiques de s’en emparer, enfin, et de faire en sorte qu’un si long silence et qu’une si longue impunité ne soient plus permis.
Que les contrôles des établissements ne soient plus désespérément sporadiques. François Bayrou — Premier ministre, maire de Pau, ancien député de la Région, un temps ministre de l’Éducation et désormais père d’une victime — y est de plus en plus contraint.
Deux cents plaintes ont déjà été déposées, il y en aura encore. Car l’appel contenu dans ce livre se propage, tambourine à d’autres oreilles, d’autres victimes dans d’autres établissements. Alain Esquerre place désormais sa foi dans une volonté de « faire mieux » pour protéger les enfants.
Écoutons-le
Julia Vergely. Télérama. N° 3929. 30/04/2025
- Écrit avec Clémence Badault, éd. Michel Lafon, 256 p. -18,95€.