Les populistes…

… en action contre nos droits

« En Cisjordanie, ces violences sont perpétrées sous les yeux de la police et de l’armée : celles-ci ne font rien. Pourquoi ? Peut-être parce qu’elles pensent que c’est dans l’esprit du gouvernement. […] Concernant la Cisjordanie, nous allons être jugés devant la Cour pénale internationale de La Haye et […] nous ne pourrons pas nous défendre (1) »
Ainsi s’exprimait, le 4 mars 2025, l’ancien Premier ministre israélien Ehoud Olmert, à propos des exactions commises par certains colons et militaires contre des Palestiniens de Cisjordanie.

Un mois auparavant, le 7 février, le ministre de ta Défense israélien, Israël Katz, déclarait avoir « ordonné à l’armée de préparer un plan qui permettra à tout Gazaoui le souhaitant de partir vers n’importe quel endroit du monde qui accepte de l’accueillir (2) ». Contraindre par la force ou l’intimidation les habitants d’une région à la quitter, ça sent la Cour pénale internationale à plein nez.

Ronen Bar, directeur du renseignement intérieur, le Shin Bet, limogé par Netanyahou, a déclaré le 4 avril 2025 : « Au cours du mois de novembre 2024, le Premier ministre m’a demandé à plusieurs reprises de donner un avis sécuritaire qui déterminerait que les conditions de sécurité ne permettent pas la tenue continue de son témoignage dans son procès pénal(3) » Prolonger une guerre pour entraver le fonctionnement de la Constitution de son pays, ce n’est pas encore un coup d’État, mais c’est un bon début.

En décembre 2024, Netanyahou déclarait à propos de la procédure pour corruption dont il est l’objet : « Cela fait huit ans que j’attends d’exposer la vérité, […] de faire enfin exploser les accusations délirantes et infondées portées contre moi. […] La méthode est celle d’une chasse brutale, ces enquêtes sont nées dans le péché. En l’absence d’infraction, ils en ont cherché une ; ils n’ont pas pu en trouver, alors ils en ont inventé (4) » On croirait entendre Marine Le Pen parler de ses déboires judiciaires avec ses assistants parlementaires à Bruxelles. Les populistes du monde entier semblent avoir la même cervelle et le même logiciel.

Quatre personnalités israéliennes, quatre points de vue sur la situation à Gaza et en Israël, qui parlent différemment, mais finalement de ta même chose : le non-respect du droit. Qu’il s’agisse des lois de l’État hébreu ou du droit international, le gouvernement israélien rejette toute règle qui freinerait sa politique. Et tant pis pour les morts civils, les otages et les exactions qui mériteraient amplement une procédure de la CPI.

Côté palestinien, l’absence de droit a les mêmes effets. Non seulement les habitants subissent la violence des colons et de l’armée israélienne, mais aussi celle de leurs compatriotes islamistes du Hamas. Pas plus de 5,3% des Palestiniens de Gaza ont une opinion favorable du Hamas, selon l’enquête d’une ONG de chercheurs issus du monde arabe, l’Institut pour le progrès économique et social.

Une manifestation dans les ruines de Gaza a réuni quelques centaines de courageux qui brandissaient des pancartes avec des slogans comme « Hamas terroriste ! », « Hamas dehors ! » ou « Le Hamas ne nous représente pas (5 et 6) ».

Avec le triomphe des populistes un peu partout dans le monde, la violation des lois et des conventions est devenue la règle. L’élection de Trump a sonné l’hallali contre les droits, internationaux, humains ou commerciaux. Tout ce qui avait été édifié depuis 1945 entre les nations a été en quelques semaines rasé, bombardé, et ressemble au champ de ruines qu’est devenu Gaza.

Jeudi 3 avril 2025, quelques heures après l’arrivée de Netanyahou à Budapest, Orbàn a déclaré que son pays quittait la CPI, rendant sans effet le mandat que le tribunal international avait émis contre le Premier ministre israélien, (7 et 8).

Ce à quoi nous avons affaire, ce n’est pas à quelques dirigeants réactionnaires, mais à une nouvelle forme de gouvernement : celui du gangstérisme politique. Et qui dépasse le clivage traditionnel gauche/droite.

Aux cyniques qui se demandent à quoi sert de s’investir en politique, on leur proposera cette réponse : d’abord à combattre et à virer du pouvoir cette mafia populiste et criminelle, et ensuite à reconstruire un État de droit qui rappelle à chacun ses devoirs et garantisse ses droits.


Éditorial de Riss – Charlie Hebdo. 09/04/2025


  1. Le Figaro du 4 mars 2025.
  2. La Croix du 7 février 2025.
  3. L’Express du 4 avril 2025.
  4. Le Point du 10 décembre 2024.
  5. Le Monde du 27 mars 2025.
  6. Le point du 2 avril 2025
  7. L’Express du 2 avril 2025
  8. Le Monde du 3 avril 2025

Une réflexion sur “Les populistes…

  1. Danielle ROLLAT TATCHOU 92 14/04/2025 / 21h42

    une pensée particulière pour notre Ami Salah HAMOURI, avocat franco-palestinien qui a passé de nombreuses années dans les géoles israliennes.. et expulsé… Solidarité avec son épouse, sa famille et tous ceux qui l’ont soutenu.

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