Le 23 avril, la justice administrative a rétabli le contrat d’association liant le lycée musulman lillois Averroès et l’État, que le préfet du Nord avait résilié en décembre 2023.
Les juges estiment que les faits reprochés n’ont pas été « suffisamment démontrés ».
Le ministère de l’Éducation nationale se réserve le droit de faire appel.
Spécialiste de l’enseignement privé, l’historien de l’éducation Bruno Poucet éclaire cette bataille judiciaire.
- Qu’était-il reproché à cet établissement ?
C’est un lycée d’excellence au caractère religieux très prononcé, sur lequel plane le soupçon d’une porosité entre sa pédagogie et des courants musulmans qui prônent une vision parfois conservatrice — mais pas intégriste — de l’islam. Il est assez difficile pour un élève non musulman d’intégrer ce lycée, alors que l’article 1 de la loi Debré précise que « les établissements privés sous contrat d’association doivent accueillir tous les enfants sans distinction d’origine, d’opinions ou de croyance ». Donc l’entre-soi religieux peut poser problème.
On a aussi beaucoup parlé d’un cours d’éthique musulmane, l’équivalent de la catéchèse dans certains lycées catholiques. La plupart des élèves le suivent, mais il est non obligatoire, donc il n’est pas hors la loi. L’établissement a par ailleurs reçu une subvention du Qatar.
- Que vous inspire cette bataille judiciaire ?
L’absence de graduation dans les sanctions infligées à ce lycée est pour le moins singulière. Je ne dis pas qu’il n’y a aucun problème à Averroès. Mais d’ordinaire, lorsque des manquements sont signalés dans un établissement privé sous contrat, il lui est d’abord demandé de rectifier le tir.
- Vous dénoncez un deux poids, deux mesures ?
Il y a une rupture d’égalité. L’emprise idéologique sur les élèves d’Averroès que dénoncent certains, et qu’il faudrait démontrer, existe dans certaines institutions catholiques ou juives pourtant très peu contrôlées. Les lycées musulmans sont victimes du climat général de suspicion à l’égard de l’islam.
Notez que dans cette affaire, ce n’est pas l’administration académique qui a réclamé la résiliation du contrat, mais le préfet du Nord [Georges-François Leclerc, en décembre 2023, ndlr], qui a une vision politique de la situation.
Cette affaire doit surtout inciter les autorités à mieux contrôler les établissements sous contrat, quelles que soient leurs orientations religieuses.
Propos recueillis par Marc Belpois. Télérama n° 3929. 30/04/2025
Une réflexion sur “« Les lycées musulmans sont victimes d’un climat général de suspicion »”