L’émule de Trump…

… le libertarien Ciotti…

Jordan Bardella est souvent présenté, avec raison, comme plus libéral économiquement que Marine Le Pen. D’où une complémentarité permettant d’attirer des électorats différents. Il manque toutefois au RN une aile libertarienne. Elle existe, sous la forme d’un petit parti allié qui reprend les thèses de l’Argentin Javier Milei et ses promesses (tenues) de « tronçonneuse » budgétaire et fiscale : c’est celui d’Éric Ciotti, l’Union des droites pour la République (UDR).

 Son patron se pique de rappeler cette phrase de Georges Pompidou : « Que l’État arrête d’emmerder les Français ! » Antienne populiste typique du poujadiste : moins de taxes, moins de paperasses. Ce n’était pas l’optique de Pompidou, libéral classique passé par la banque Rothschild, mais en poste à l’époque où il existait encore un commissariat au Plan et des grandes sociétés nationalisées.

Or être libertarien, c’est autre chose qu’être libéral : c’est croire en l’État minimum, au capitalisme dérégulé, à l’entreprise comme un idéal de valeurs et de fonctionnement de la société. C’est cela Milei, Trump et Musk, que Ciotti veut imiter. Jusqu’au ridicule, tronçonneuse comprise.

Son parti a ainsi organisé deux Grands forums des libertés, le premier en janvier dernier, le second le 8 avril, devant un parterre de 250 patrons, économistes et hauts fonctionnaires.

Une cible : l’État trop gras d’environ 1 million de fonctionnaires et d’autres encore, que l’IA remplacera l’État « intrusif » dont on supprimera des branches entières, soit environ un tiers des agences de régulation ou de contrôle.

Remplacement des départements par 50 provinces, mise en place d’un « spoil system » à l’américaine — quand le nouveau pouvoir prend ses fonctions, l’administration précédente dégage — dans une dizaine de ministères, peuplés naturellement de contractuels choisis pour leur fidélité politique. Gain estimé : 600 milliards d’euros sur cinq ans et 3 à 4 points de croissance. Un big bang après lequel personne ne pourra plus revenir en arrière.

Second volet : une « révolution fiscale ». Plus de CSG ni de CRDS, impôt sur le revenu limité à 20 %, suppression des droits de donation en ligne directe, des droits de succession, de l’impôt sur la fortune immobilière. Et comme il ne faut pas que ce soit Noël pour tout le monde, instauration d’une allocation sociale unique plafonnée à 70 % du Smic, pour décourager les fainéants (sauf les rentiers) et les immigrés.

La tromperie est triple. Économique, parce que les miracles de l’effet de ruissellement sont un mirage et que, sous le slogan de « Libérez le travail » entonné le 8 avril, on trouve surtout une meilleure marge pour des entreprises qui n’embauchent jamais davantage. Politique, car avec le programme de Milei et de Trump, on ne peut plus se réclamer du gaullisme ni de l’UDR, qui fut le parti de Chaban-Delmas et de Chirac.

Historique, car la France, où la manie d’imiter les États-Unis reste inimitable, a un modèle propre d’articulation de l’État et de la vie économique qui repose, depuis Colbert, sur l’intervention de l’autorité publique, au nom d’un intérêt général qui est plus que la somme des intérêts particuliers.

On doit espérer qu’il existe encore des électeurs de droite qui ne se laissent pas abuser par les contrefaçons d’un gaullisme qui ne se donne même plus la peine de s’affirmer social. L’UDR, ce n’est que l’appendice du RN pour draguer le droitard qui ne regarde que le nombre de policiers et le montant de sa feuille d’impôts.


Jean-Yves Camus. Charlie Hebdo. 16/04/2025.


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