Contre la culture…

… un peuple ayant, grâce à l’enrichissement culturel, acquis la faculté de réfléchir, n’est pas un peuple obéissant aux directives réactionnaires, mais devient un acteur de son propre destin, capable de remettre en question les normes établies. Cette capacité à penser de manière autonome insuffle un élan de solidarité au sein de la communauté, entraînant des mouvements sociaux cherchant à défendre la justice et l’égalité.

Pour le RN, il faut mettre la danse au pas

La conquête du pouvoir passe aussi par celle du pouvoir culturel.

Le Rassemblement national l’a bien compris, et ses élus mènent un combat permanent au sein des exécutifs locaux contre tout un pan du spectacle vivant, dès lors qu’il s’empare de sujets de société comme le genre, la religion ou l’immigration.

Une stigmatisation qui conduit parfois à des dérapages d’un autre âge, comme lors de la séance plénière du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, le 17 mars.
Ce jour-là, la conseillère RN, Pauline Garraud, s’en est prise au Centre chorégraphique national (CCN) de La Rochelle, dirigé par Olivia Grandville, coupable de vouloir « développer un projet de CCN ouvert à la transition écologique, sociétale, générationnelle et culturelle […] ».
Avant de fustiger l’une des créations de la chorégraphe, Débandade, où huit jeunes danseurs, de nationalités et de parcours divers, partagent leur vécu d’homme depuis #MeToo.
« Est-ce donc cela la danse aujourd’hui en Nouvelle-Aquitaine, vecteur d’idéologie avant d’être un art ? »

Heureusement, tous les CCN ne se ressemblent pas, s’est rassurée Pauline Garraud, évoquant celui de Biarritz : « Un exemple de danse sans idéologie qui illustre cette volonté de préserver une danse fondée sur l’esthétisme et l’émotion […]. Ce type de démarche rappelle que la danse peut exister en tant qu’art pur […] ».

Pas sûr que les danseurs du Ballet de Biarritz adhérent à cette conception d’une danse esthétisante et vidée de sens. Mais surtout, quelle serait la définition de cet « art pur » ?
Ses normes esthétiques ?
Ses limites ?
Faut-il y voir le double inversé de cet « art dégénéré », mis au ban par les nazis et qui fait l’objet d’une passionnante exposition au musée Picasso, à Paris ?

Douteuse et infantilisante vision de l’art qui revient en plus à nier au public sa liberté de juger seul de la valeur esthétique d’une œuvre.


Olivier Milot. Télérama N° 3925. 02/04/2025


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