La lumière au bout du tunnel, l’impression de sortir de son corps, que le temps s’arrête, un sentiment de bien-être dans l’immense majorité des cas et le mal-être le plus total chez certains.
Ce sont là quelques manifestations d’une expérience de mort imminente (EMI). Ce phénomène, popularisé par Hollywood, est considéré par les uns comme la preuve de la vie après la mort et par les autres comme une pure hallucination.
Steven Laureys, neurologue mondialement reconnu pour ses travaux sur la conscience, cherche à en percer les mystères.
Dans son dernier ouvrage, il présente l’avancée de ses recherches sur les EMI, qu’il estime être « l’un des événements les plus marquants qu’une personne puisse connaître », tant les témoignages de ceux qui en ont vécu une, sont intenses.
Lors d’une EMI, le cerveau se met subitement et momentanément à fonctionner différemment, n’activant plus que sa partie émotionnelle.
Pourquoi et comment ? C’est là que réside le mystère.
Mal nommées
Les expériences de mort imminente sont néanmoins mal nommées. Car, insiste le professeur Laureys, « il ne faut pas nécessairement être sur le point de mourir pour vivre une EMI ». Elle peut en effet survenir lors d’un évanouissement, d’une méditation, d’un orgasme ou si l’on pense que l’on va mourir, comme un alpiniste qui ferait une chute mais serait retenu par sa corde.
Mais même si l’on est réellement proche de la mort, on ne vit pas forcément d’EMI. « Seuls 15 % des patients ayant survécu aux soins intensifs rapportent en avoir vécu une », détaille Steven Laureys.
Pourquoi les uns et pas les autres ?
L’une des hypothèses réside dans la personnalité des patients, et la partie du cerveau qu’ils utilisent le plus au quotidien. « Statistiquement, les personnes plus « artistes », qui utilisent davantage la partie créative et émotionnelle de leur cerveau, sont plus enclines à vivre une EMI que les personnes plus « cartésiennes », qui utilisent davantage la partie purement rationnelle », explique le neurologue, qui précise également que, comme pour les rêves, il est possible que certains ne se souviennent pas d’en avoir vécu à leur réveil.
À son grand regret, le professeur Laureys n’a jamais vécu lui-même d’EMI aussi intense et mystique que bon nombre de ses patients. Il a pourtant tout fait pour, testant sur lui-même des expériences destinées à reproduire les conditions de leur apparition ou l’une de leurs caractéristiques, afin de comprendre ce qui se passe dans le cerveau.
« J’ai vécu une série de choses assez intenses », sourit-il. Le neurologue s’est volontairement fait injecter dans un scanner de la psilocybine, le principe actif des champignons hallucinogènes, est monté dans une centrifugeuse destinée à la formation des pilotes pour vivre la vision en tunnel, a appréhendé l’absence de gravité lors d’un vol parabolique, est volontairement perdu connaissance en hyperventilant.
« Mes enfants m’ont dit que ça suffisait », poursuit Steven Laureys, qui a depuis arrêté les expériences extrêmes.
Mais la recherche continue. Notamment pour essayer de comprendre le rôle de la culture dans la manifestation des EMI. Car si les Occidentaux voient la lumière au bout d’un tunnel, en Inde, les gens voient une rivière et au Moyen-Orient une porte.
Charlotte Murat. Le Dauphiné. 20/04/23025
Steven Laureys, « Expérience de mort imminente », Steven Laureys, éd. Odile Jacob, 310 p., 22,90 euros