J’ai vu des ciels crever de tristesse
Et les joues bleues des sirènes sur le bord de la jetée
J’ai vu des orages se déverser des yeux d’un marin ivre
J’ai vu des géants vomir la mer
Et des acrobates se suspendre à des gratte-ciels pour s’endormir
J’ai vu des oiseaux se jeter sur la terre et remonter plus haut que les nuages pour jouer à l’homme
J’ai rêvé d’hélicoptères et suivi les cris des amoureuses
Sur toutes les jetées de tous les mondes infinis
J’ai écrit dans la terre
J’ai écrit sur la mer
Je voyais tes yeux ouverts sur tous les horizons
J’ai voulu oublier mes mères
Je n’ai voulu garder que la stabilité terrifiée des pères
J’ai voulu oublier les cris de guerre
Et le cheval fait claquer son étendard de prophète contre mes tempes
Je ne veux pas te dire Adieu
J’invente des chants guerriers pour te faire ressusciter
J’ai vu des matins noirs si noirs que nous restions là immobiles
Pas un souffle ne gerçait nos lèvres de femmes-pélicans
Femmes au long cou qui vomissent des histoires
Aux quatre coins du monde
J’ai vu des enfants-sages
Des enfants-singes
Qui tailladaient les arbres pour ne pas se laisser mourir
J’ai vu des enfants-singes
Des enfants-sages
Qui embrassaient la terre
Par superstition démesurée
J’ai vu des fêtes protégées par des remparts qui s’élevaient
Plus haut que les plus hautes montagnes
Plus haut que l’Himalaya
Plus haut que tous les murs humains pensables
Des remparts infranchissables
Autour des enfants qui rient
Et font gicler l’eau contre les parois
Tant de joie pousse au crime
Clara Ysé. Recueil : « vivante ». Éd. Seghers.