Toute comparaison entre les US de la « conquête » des territoires et Trump et sa bande serait — vous le pensez bien — totalement fortuite. Les États-Unis de janvier 2025, sous la gouvernance de l’ex-nouveau président, mettent en exergue une polarisation croissante, polarise les tensions entre les différentes classes sociales et ethniques, rappelant un temps reconstitué par quelques productions cinématographiques. MC
Trump revient au pouvoir, et, sous forme de caricature, le bon vieux western avec lui : celui des tueurs d’Indiens et des grands propriétaires terriens. John Wayne avait une perruque. On dirait que le nouveau président en a une.
C’est un nouveau pionnier de la Western Désunion. Archaïque d’un côté, rat Muské de l’autre. Bon moment pour regarder sur Netflix American Primeval, mini-série qui suit quelques âmes en peine dans le Midwest américain de 1857, au temps d’une guerre méconnue, mais néanmoins sanglante, entre les milices de mormons et l’armée fédérale.
Au milieu de ces communautés de tueurs plus ou moins bibliques, pris en étau, les Indiens. Réduits à l’état de cibles ou de supplétifs, ils sont déjà, malgré leur résistance féroce et leur puissance intérieure, en voie d’élimination. Les femmes et les enfants sont, comme toujours, aux premières loges de cette saison en enfer. C’est un enfer froid. La nature est sans mesure humaine et Dieu y donne toute la sienne : aucune pitié pour personne. Tout te monde y passe, ou presque.
La série prend des libertés avec l’Histoire : le massacre central des colons n’était pas voulu par le président des mormons. Mais la charcuterie humaine doit s’étaler : cette complaisance surnaturaliste vit de beaux jours depuis que le second degré de Tarantino et des frères Coen l’a mise en valeur. Le capitaine du régiment fédéral, le seul humaniste de la série, se demande ce qu’il fait là. Il écrit dans son journal : « La paix et l’innocence sont vaincues par la haine et la peur. La paix est désormais une minorité… qui diminue à vue d’œil. Très peu méritent ma compassion, connaissent la grâce » Il est tué, d’une balle dans l’œil, par un chef de milice mormon.
Lequel sera tué à son tour. Cette Amérique, vouée à la loi du plus fort, au chacun chez soi et pour soi, est un lieu sans avenir. On patauge dans le sang et la gadoue. Sur les dollars, on pourrait inscrire comme dans une dystopie : « In God We Trump ».
La violence gore est à présent habituelle dans les séries qui content l’envers de l’épopée. Elle plonge ses racines dans les grands westerns des années 1960-1970 : ceux qui désenchantèrent le genre, et, avec lui, l’Amérique entière.
Philippe Lançon. Charlie Hebdo 22/01/2025