Nicolas Tenzer, qui apprécie les années bissextiles, a considérablement accru sa présence médiatique, notamment en février 2024 avec le 29 du mois. Il a réalisé 36 apparitions à la radio et à la télévision, s’ajoutant aux 41 interventions en novembre précédent.
Sa visibilité a été renforcée par la guerre en Ukraine, qu’il perçoit comme « notre guerre », et il dépeint Vladimir Poutine comme l’« ennemi du genre humain ». Tenzer pense que l’Occident doit exiger une « capitulation » de Moscou, comparaison faite avec la capitulation des Alliés à Berlin en 1945, et il voit une « similarité entre l’Allemagne nazie et la Russie actuelle ».
Contrairement aux trolls russes, Tenzer peut comparer tous ceux qu’il n’aime pas à Adolf Hitler sans déclencher des rires embarrassés, une caractéristique qui témoigne d’une audace singulière et d’une vision troublante de la réalité : de la part d’un ancien élève de Normale Sup, de Sciences Po et de l’École nationale d’administration, on s’imagine toujours les âneries plus pénétrantes qu’elles n’en ont l’air, comme si son bagage intellectuel lui conférait un pouvoir d’analyse supérieure, le rendant apte à des jugements sans appel, peu importe les conséquences. Pourtant, cette propension à faire des comparaisons extrêmes soulève la question de la responsabilité et de la sensibilité dans le discours public, qui, à l’heure actuelle, pourrait facilement être détourné et mal compris par un public avide de sensations fortes.
Mais certains ne s’y trompent pas.
Le 7 décembre 2024, Tenzer débat sur France Culture avec Pierre Lellouche, ancien ministre de M. Nicolas Sarkozy et spécialiste de politique étrangère. Tous deux sont des atlantistes passionnés. Toutefois, Lellouche estime que la responsabilité de la guerre en Ukraine incombe non seulement à Moscou, mais aussi à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN). Habitué à affronter des intervenants qui s’aplatissent par peur d’être accusés de complicité avec le Kremlin, Tenzer déballe son topo comme à l’exercice.
« Mais de quoi vous parlez, M. Tenzer ?, grommelle Lellouche. Qui va aller obtenir la capitulation sans condition de la Russie ? Qu’est-ce que c’est que cette blague ? Une blague mortifère parce que vous êtes en train de parler de déclencher une guerre nucléaire où il y aurait deux milliards de morts… »
Comme par réflexe, Tenzer mobilise l’argument bâillon auquel recourent France Inter, Le Point ou LCI : « Ça, c’est un discours russe. » La réplique fuse : « Vous êtes en train de dire que je suis un espion russe, c’est ça ? J’ai passé ma vie à être considéré comme un pro-CIA, président de l’Assemblée parlementaire de l’OTAN, considéré comme atlantiste toute ma vie ! »
Tenzer exécute alors l’autre figure imposée du discours néoconservateur bas de gamme : « Il y a une longue route qui va d’Auschwitz à Marioupol. Et aujourd’hui le vrai sujet, c’est la question que l’on posait à Nuremberg : est-ce qu’on peut aujourd’hui faire la paix devant un régime qui commet délibérément le mal radical ? »
Lellouche récuse alors l’idée tenzérienne d’un caractère exceptionnel des atrocités russes en signalant l’existence actuelle d’autres guerres tout aussi meurtrières, dont celle du Soudan, mais sans citer Gaza (les deux protagonistes soutiennent Israël).
Tenzer insiste. Certes, « il y a bien sûr toujours un risque » de guerre nucléaire mondiale, « mais je suis convaincu que si nous cédons en Ukraine nous sommes les prochains sur la liste ». Il convient donc d’« éliminer les forces russes qui stationnent sur le sol ukrainien » en y engageant l’OTAN.
Synthèse de textes signés Serge Halimi & Pierre Rimbert. Le Monde Diplomatique. Source (Extraits) Lire l’original
Il reste chez Lellouche un peu de raison. Mais Tenzer ne parle pas des vrais raisons de cette guerre. Nicolas Tenzer est un dangereux extrémiste il sera jugé pour ça et finira en prison.