Recherche neurologue…

… débordés, en nombre insuffisant, ils posent trop tardivement le diagnostic et ont des difficultés à suivre des patients, atteints de troubles neurologiques.

Un délai de six mois. C’est le temps moyen requis pour obtenir un premier rendez-vous avec un neurologue lorsque des symptômes laissent présager la maladie de Parkinson.

Ce délai peut paraître long, surtout qu’une consultation avec ce spécialiste est jugée « essentielle » en cas de suspicion, selon Amandine Lagarde, directrice générale de France Parkinson. « Bien qu’un médecin généraliste puisse repérer des signes de la maladie, c’est le neurologue qui posera le diagnostic, prescrira le traitement approprié et les examens nécessaires. »

Même si l’évolution de la maladie de Parkinson ne peut être arrêtée, un suivi médical peut considérablement améliorer la qualité de vie des patients en atténuant les symptômes. Néanmoins, les quelque 3 000 neurologues présents en France ne suffisent pas à satisfaire les besoins croissants liés à cette maladie en pleine expansion.

Avec 270 000 personnes touchées, « c’est la pathologie qui a enregistré la plus forte augmentation au cours des vingt-cinq dernières années », souligne Amandine Lagarde.
Chaque année, 25 000 nouveaux cas sont diagnostiqués, et Santé publique France anticipe une hausse de 56 % du nombre de personnes affectées entre 2015 et 2030. Cette augmentation est principalement due au vieillissement de la population, aux progrès dans le diagnostic et, dans certains cas, à l’exposition aux pesticides.

Cependant, la démographie médicale n’a pas suivi cette tendance. À la fin des années 1970, le numerus clausus, qui restreignait le nombre d’étudiants en médecine, a eu un impact, tout comme l’historique de cette spécialité, relativement récente, qui existe depuis environ cinquante ans. « Il y a donc encore peu de neurologues », remarque Philippe Damier, professeur de neurologie à l’université de Nantes et responsable du centre expert Parkinson du CHU de Nantes. […]

Difficultés d’accès aux soins

Les généralistes ont également connu un changement de perspective, ayant longtemps joué un rôle clé dans le diagnostic et le traitement des parkinsoniens. « Lors de mon internat, il y a trente ans, on pensait qu’un médecin généraliste pouvait gérer un cas de Parkinson « simple » », se souvient Philippe Damier. Cependant, aujourd’hui, en raison de la nécessité d’ajuster le traitement au fur et à mesure de l’évolution de la maladie, « les généralistes hésitent souvent à poser un diagnostic, ce qui est regrettable », note le spécialiste.

Beaucoup se sentent moins à l’aise avec la neurologie. Comme le souligne Amandine Lagarde, « certains généralistes évitent même de suivre les patients, préférant ne pas toucher aux prescriptions émises par un neurologue ». […]

En raison de la désertification médicale, certaines régions sont particulièrement affectées. […] Bien que les autorités aient tenté d’agir en créant en 2013 des centres experts Parkinson, ces 25 structures spécialisées en France, qui offrent un soutien médical et psychologique de qualité, sont souvent surchargées : il faut parfois patienter près de neuf mois pour obtenir un premier rendez-vous. […]

Repenser le système de santé

Pour combler les lacunes, Philippe Damier mise sur le développement des infirmiers en pratique avancée, ces professionnels qui assistent les médecins et prennent en charge les patients atteints de pathologies spécifiques : « Ceux qui travaillent dans des centres experts rencontrent des centaines de parkinsoniens chaque année. Ils sont souvent capables de poser un diagnostic, validé ultérieurement par un neurologue, et d’ajuster un traitement. Ils sont des alliés précieux, capables d’aller à la rencontre d’une population vieillissante, notamment en milieu rural. »

Pour ceux qui n’ont pas encore reçu de diagnostic, « nous les encourageons, chez France Parkinson, à pratiquer une activité physique régulière en attendant de consulter », souligne Amandine Lagarde.

Reste que pour Philippe Damier, « c’est l’ensemble du système de santé qui nécessite une révision. Nous devons penser en termes de santé publique. Aujourd’hui, le principal défi concerne les maladies chroniques touchant une population vieillissante. »


D’après un article de Bérénice Rocfort-Giovanni. Le Nouvel Obs (extraits). N° 3140. 28/France/2024


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