Le sort du gouvernement Barnier, deux mois et treize jours au compteur, s’est joué lundi 09 décembre 2024 sur les coups de 14 heures, autour d’un café à l’hôtel Matignon.
Le Premier ministre a réuni les présidents des groupes parlementaires du « socle commun ». Il apparaît encore confiant : le matin même, il fait une ultime concession sur le déremboursement des médicaments, qui, veut-il croire, lui vaudra la neutralité du Rassemblement national. « J’ai fait tout ce que je pensais devoir faire », dit-il à ses convives.
Quand, soudain, le téléphone du Premier ministre sonne. Le nom de Marine Le Pen apparaît sur l’écran, que Barnier montre à la cantonade, avec un petit sourire. Il sort quelques instants de son bureau pour lui parler. Quand il revient, il a l’air « abattu », selon un témoin : « Elle me demande, en plus, de renoncer à la désindexation des retraites ! Je ne croyais pas qu’elle oserait ! »
Le ministre du Budget, Laurent Saint-Martin, qui voit plus de 3 milliards d’euros lui échapper, devient blême. « Cette fois, je ne lâcherai pas. Je voulais avoir la certitude qu’elle n’agissait pas pour des raisons politiques, mais pour des raisons judiciaires », reprend Barnier, qui annonce pêle-mêle le recours au 49.3 et une intervention ce mardi aux JT de 20 heures, « pour prendre l’opinion à témoin ».
C’est alors que Laurent Wauquiez sort du silence : « Je suis écœuré par cette situation. Tu as tout notre soutien. » « Tout le monde s’est regardé, narre un autre président de groupe, en se disant qu’il ne manquait pas d’air. »
Il aura donc fallu attendre que Barnier paraisse condamné pour qu’il ait enfin droit au soutien clair et ferme de Wauquiez, Attal et autres piliers d’un socle de plus en plus fragile.