« Viviez-vous mieux, il y a quatre ans ? »

Cette question posée par Donald Trump aurait dû recevoir une réponse affirmative de la part des Américains, si l’on se fie aux statistiques économiques du pays. Tous les indicateurs sont au vert, surpassant même ceux de l’Europe : croissance, salaires, emplois, marchés boursiers… Et pourtant, ce n’est pas ainsi que les gens le perçoivent.

L’inflation post-Covid, et notamment la hausse des prix de l’essence, qui nous paraît dérisoire en Europe avec des tarifs inférieurs à 1 euro le litre, les a surpris. Ils ont le sentiment que c’était mieux sous Trump, bien que son programme soit annoncé par les experts comme étant… inflationniste !

  • Premièrement, augmenter les tarifs douaniers sur les importations fera grimper le coût de ces produits, impactant surtout les Américains les plus modestes.
  • Ensuite, bien que cela puisse inciter à relocaliser des usines aux États-Unis et créer des emplois locaux, le plein emploi actuel nécessiterait aussi de relancer l’immigration, ce qui est un sujet sensible pour Trump et ses partisans.
  • Les mesures contre l’immigration illégale vont renforcer les pressions sur le marché de l’emploi et pousser les salaires à la hausse, ce qui sera vu positivement, mais cela entraînera également de l’inflation.

L’équilibre entre ces effets reste à déterminer, et il est incertain si la population se sentira gagnante ou perdante.


En Europe, des questions similaires se posent, bien que les raisons diffèrent.

Vivons-nous mieux aujourd’hui qu’avant ?

Les indicateurs ne sont pas si mauvais, mais cela ne suffit pas à raviver l’espoir des Européens. Le chômage n’est plus aussi massif, et la santé ou l’éducation demeurent accessibles. Les inégalités sont bien moindres qu’aux États-Unis.

La génération actuelle est la première à ne pas pouvoir espérer une amélioration de son niveau de vie au cours de sa carrière professionnelle, car la productivité des entreprises européennes ne progresse plus. Le travail ne permet plus d’améliorer ses conditions de vie. Est-ce la raison principale du mal-être social ? En partie, oui.

Les emplois industriels, qui étaient bien rémunérés, souffrent du manque de compétitivité et de productivité des entreprises, illustré par les fermetures de Michelin à Cholet ou à Vannes ou par les licenciements massifs annoncés par Volkswagen en Allemagne.

L’Europe connaît déjà les causes de ces problèmes. La Commission de Bruxelles a commandé un rapport à Mario Draghi, qui recommande de modifier d’urgence toutes les règles économiques du continent : simplifier les normes, supprimer les barrières entre pays, unifier les marchés financiers, investir dans la recherche, s’endetter en commun pour financer la transition écologique…

Des mesures qui, même si elles étaient mises en œuvre, ce qui est loin d’être certain, prendraient du temps à produire des effets.

Alors, à la question « Est-ce que c’était mieux avant ? », les Européens vont continuer à répondre « oui »


D’après un article de Claude Soula. Nl Obs. N°3138. 14/11/2024


2 réflexions sur “« Viviez-vous mieux, il y a quatre ans ? »

  1. bernarddominik 19/11/2024 / 16h56

    Je me méfie des indicateurs économiques qui sont en général basés sur des moyennes. Ainsi lorsque la direction double ses salaires, la moyenne s’en ressent d’autant plus que l’écart de salaires est important et la direction peut se targuer d’une augmentation de la masse salariale. Ce n’est pas parce que le pib augmentent due les gens vivent mieux.

    • Danielle ROLLAT 19/11/2024 / 22h43

      il me suffit de comparer ce que nous pouvions faire il y a 20 ou 30 ans avec 2 salaires de la Fonction Publique, et ce que voudraient bien faire et vivre ceux d’aujourd’hui.. il n’y a pas photo..
      La désindustrialisation, les fermetures d’usines ont rempli leur triste mission…
      Je n’ose évoquer la situation des millions de chômeurs, sans boulot, des veuves qui doivent se contenter de la réversion, n’ayant pas occupé d’emploi salarié pour élever les enfants.. souvent mal logés, sans oublier tous ceux qui vivent dans la rue avec des enfants.. les immigrés… pendant que d’autres se goinfrent..
      Je ne peux pas dire que le bilan soit globalement positif

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