Aujourd’hui lapetitegens traîne de gros sacs plastique, elle en tient dans chaque main qui pendent au bout de ses bras, deux ou trois sacs bien lourds de chaque côté, gonflés à bloc, elle les pose un instant puis les reprend en accentuant la courbure de son dos, ses bras s’allongent de tout ce poids, c’est une corvée, les sacs grouillent de mauvaises intentions, mauvaises nouvelles, mauvais départs, il suffit de regarder la torsion de son corps pour savoir que rien n’est bon dans ce qu’elle transporte, on dirait même qu’à chaque pas les sacs se chargent encore, entravent sa marche et tissent entre eux des complots, lapetitegens ploie au point de s’écrouler, et si elle devait demander pardon aux envieux, hargneux, ténébreux, pardon d’avoir été si libre, si béate au simple fait de vivre, pardon de ne trouver dans la vie que fluidité, je me précipite dans l’histoire avec un couteau suisse et crève un à un tous ces ventres maudits, je perce le fardeau tandis que lapetitegens redresse lentement le torse, reprend son allure bohème au bras de son émerveillement et disparaît incognito des phrases remplies de plomb qui viennent d’être écrites.
Isabelle Pinçon. Recueil : « Lapetitegens ». Éd. Cheyne
Note : Oui, derrière chaque mot, lectrice lecteur, il y a maintes évocations de la vie courante, encore faut-il les entendre. MC
Merci.