Creuser l’indépendance US

“Drill, baby, drill! » Ce n’est pas le refrain d’une chanson country américaine, mais ça pourrait. Paroles et musique de Donald Trump : « Creuse, bébé, creuse ! »

C’est ainsi que le populaire et populacier populiste, réélu haut le poing, encourage ses concitoyens à poursuivre les forages de schiste à tout-va. Ainsi qu’il répète que les Etats-Unis, qui sont déjà le plus gros producteur de pétrole, entendent non seulement le rester, mais aussi persévérer dans les énergies fossiles sans se plier à la « tyrannie » du réchauffement climatique, ce « coûteux canular ».

L’annonce, martelée en pleine COP, d’une nouvelle sortie, après celle de son premier mandat, de l’accord de Paris sur le climat, dont ses collaborateurs ont déjà préparé les formalités, donne le ton. Tout comme sa promesse de pulvériser le plus possible de régulations sur la question. Il n’y a pas que sur le climat.

La percée de Trump chez les électeurs américains est évidemment plus profonde que ses forages de gaz, de pétrole ou de charbon. Cette percée, aussi bien à Wall Street, où les indices boursiers fulgurent, que dans les classes populaires, qu’il a conquises, fait de lui, et avec tous les pouvoirs ou presque, le 47e président de la première puissance mondiale. Mais, au marteau-piqueur, elle secoue et fragilise de nombreuses fondations.

A commencer par celles du modèle de superpuissance sur lesquelles, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, reposaient les Etats-Unis et que, avant même d’être réintronisé, Trump avait déjà commencé à brutalement malmener.

En matière d’ouverture sur le reste du monde et de rapports avec ses alliés et partenaires, il a également pratiqué la fracturation, sans souci des effets secondaires. La superpuissance selon Trump fait peu de cas des voisins, d’autant qu’ils sont de l’autre côté de l’Atlantique ou plus loin.

C’est « America first » plus que jamais, en ne regardant que ses intérêts, avec un pragmatisme fondé uniquement sur les rapports de force. Et ce dans tous les domaines. Qu’il s’agisse d’écologie, de commerce, de défense ou de diplomatie, il y a de la fracture dans l’air. L’Europe, aux premières loges, en sait quelque chose, pour avoir déjà subi ce mode de fonctionnement lors du premier passage de l’intéressé à la Maison-Blanche. Avec l’âge, l’esprit de revanche et un succès électoral incontesté, ce sera plus dur encore.

Les premières nominations aux postes clés de l’administration, avant même son investiture, des plus radicaux de ses partisans, comme le nommé Stephen Miller, proposé comme chef adjoint du cabinet chargé des politiques migratoires, dont le mantra est : « L’Amérique est pour les Américains, et seulement pour les Américains », sont là pour en donner plus qu’une petite idée.

Aux immigrés, que Trump veut expulser en masse, mais aussi aux Européens, à qui il ne fera aucun cadeau. Excepté aux plus illibéraux de leurs dirigeants, pour lesquels il semble montrer plus d’empathie que pour ses alliés.

Avec la guerre en Ukraine, où Trump ne cache pas envisagé de cesser l’aide et de négocier avec Poutine une paix plus favorable à l’envahisseur qu’à l’envahi, comme avec l’augmentation de la participation financière de ses alliés de l’Otan, ou la flambée des taxes douanières, il y aura forcément de sérieux risques de fracture en Europe.

Sans parler de ceux qui, dans l’espoir de tirer à leur tour le même profit électoral des thèmes qui ont fait gagner Trump – pouvoir d’achat, immigration, insécurité -, continuent dans nos contrées, sur l’air de « Drill, baby, drill ! », de chaque jour un peu plus les creuser.


Erik Emptaz. 13/11/2024


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